PROJET G’HAIEST : Vers une gestion durable des haies

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Le Gaec des Saules, à Belles-Forêts (57), a accueilli, le 10 mars, une journée technique de la FRCUMA Grand Est dédiée à la gestion durable du bois agricole. L’occasion de présenter le projet G’HAIEST.

Le mardi 10 mars a sonné le lancement officiel du projet collectif G’HAIEST en présence de l’ensemble des partenaires (Chambres départementale d’agriculture 08, 54, 55, 57, 88, Chambre d’agriculture d’Alsace, CRAGE, Bio en Grand Est, la FRCUMA Grand Est, Haiemergence, Haies Vives d’Alsace, le réseau Haies Grand Est, FIBOIS Grand Est et la fédération régionale des chasseurs).

« Ce projet est né d’un collectif du Toulois qui a porté pendant trois ans un projet de plantation de haies », indique Joris Paroisse, chargé de mission innovation à la FRCUMA Grand Est. S’est alors posée la question de la gestion de ces haies nouvellement plantées. « Ils ont créé le GIEE Valoris’Haies ». La volonté a été de réunir un maximum de structures autour de la gestion durable des haies. Valoris’Haies a ainsi initié la structuration du projet G’HAIEST.

L’objectif général du projet G’HAIEST est de créer les conditions techniques et organisationnelles pour faire de l’arbre une partie intégrante des systèmes agricoles. Il s’agit de sensibiliser à la gestion durable et de déployer les outils tels que les plans de gestion durable et le label Haies. Le projet vise également à construire des modèles d’organisations collectives favorisant la mutualisation des moyens matériels et humains pour les chantiers de gestion, accessibles aux agriculteurs et aux collectivités.

Les partenaires souhaitent mener des chantiers test pour mettre en place une méthodologie de cubage, réaliser une étude de gisement sur le territoire, mais aussi établir des coûts de chantier pour la région. Les agriculteurs du GIEE Valoris’Haies constituent le premier noyau de fermes pilotes du projet. Ils accueilleront les premiers chantiers tests, ainsi que la réalisation et la mise en œuvre de plans de gestion durable.

Des outils de gestion existants

Cette journée de rencontre a été l’occasion, pour Sophie Barnouin de l’association Haies Vive d’Alsace, de présenter le label Haie. « Le label Haies est un dispositif de certification qui vise à préserves les haies. Il repose sur un cahier des charges « gestion » et un cahier des charges « distribution ». Le cahier des charges « gestion » vise quatre objectifs : engager le linéaire, donner la place à la haie, assurer le développement de la jeune et haie, et maitriser la coupe et le prélèvement ». L’engagement dans le Label Haies et une démarche progressive. « Le cahier des charges comprend trois niveaux de labellisation. Il faut compter dix ans pour obtenir le niveau 3 ».

Deux autres outils de gestion durable sont à disposition : le PGDH (plan de gestion des haies, développé par le Réseau Haies France) et le PGDSAF (plan de gestion des systèmes agroforestiers du réseau des Chambres d’agriculture, qui permettent de dresser un état des lieux et de planifier des travaux d’entretien et de valorisation des haies « et de donner une trajectoire sur quinze ans », indique Thomas Lacroix, conseiller à la CDA 88. Bio en Grand Est propose également un diagnostic simplifié sur une journée.

Litière ou fourrage

Gérer durablement les haies est une chose, mais comment valoriser le bois issu de la haie ? A l’image du Gaec des Saules (lire encadré), un premier usage possible est la valorisation en litière plaquettes, « soit en utilisation 100 % plaquette soit en sous-couche. Tous les types de bois sont valorisables, mais il faut savoir que les bois moins denses sont plus absorbants, indique Joris Paroisse. Malheureusement, nous avons peu de références sur le territoire. L’objectif est de monter en compétences sur cette question ».

Autre valorisation possible : en tant que fourrage arboré, indique Lucille Robillot, chargée de mission préservation et gestion des ressources écologiques au Parc naturel régional de Lorraine. « Avec la mécanisation de l’agriculture, le fourrage herbacé a pris le pas sur les autres ressources. Face au changement climatique et à la multiplication des sécheresses, le monde agricole s’intéresse de nouveau au fourrage ligneux ». Ces fourrages arborés peuvent être soit directement broutés, soit la rame est distribuée directement au sol ou en vert à l’auge, soit sous forme de foin d’arbre. Il faut prendre en compte la mécanisation et le temps nécessaire.

L’après-midi s’est poursuivie par une démonstration de chantier d’abattage et de déchiquetage d’aulnes sur les parcelles du Gaec des Saules.

GAEC DES SAULES

D’une contrainte à une opportunité

Nathalie Rechenmann et Nicolas Monier sont installés en polyculture-élevage allaitant depuis 2018 à Belles-Forêts (Moselle). L’exploitation est en agriculture bio depuis 2018. « La présence d’arbres au milieu des parcelles, nous voyions ça comme une contrainte au départ », confie Nicolas Monier. Les arbres étant là avant qu’ils ne reprennent l’exploitation, « autant que nous l’exploitions », se sont alors dit les deux associés.
« Nous n’avions pas suffisamment de volume pour envisager de commercialiser les volumes sous forme de bois plaquettes ». Vient alors l’idée d’utiliser en litière pour les bovins. « Nous mettons 20 à 25 cm de bois puis de la litière classique ». Les associés constatent rapidement « l’absence d’odeur, le fumier est plus stable, il rentre moins en fermentation ». Ils font alors un bilan de la ressource disponible avec le Parc naturel régional de Lorraine. La ressource n’étant pas suffisante, ils envisagent une plantation. « Nous pouvions planter 2,5 km de haies subventionnés à 90 % par le Feader, mais il aurait fallu avancer 44.000 euros, ce n’était pas possible pour nous ». Ils mettent leur projet en stand-by. Des habitants du village ayant pris connaissance de leur démarche, « nous ont spontanément aidés dans l’achat et la plantation de 400 m de haies en double ligne ». Ils se font accompagnés, en parallèle, sur un second projet par le Parc naturel régionale de Lorraine ainsi que Mos’laine. « L’objectif est d’exploiter un tiers de la haie, de conserver une partie pour que les animaux puissent bénéficier de l’ombre et préserver une partie de ressource pour plus tard. Aujourd’hui la haie s’intègre pleinement dans notre système ».

Hélène Flamant, Source : Le Paysan Lorrain

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