Cultures associées : quelles stratégies pour lever les freins à leur développement ?

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Malgré leurs nombreux bénéfices agronomiques et environnementaux, les cultures associées peinent encore à se diffuser à grande échelle en Europe. Pour comprendre cette situation, le projet européen Intercropvalues a publié une analyse des principaux freins au développement des cultures associées et présente plusieurs stratégies concrètes permettant d'agir à différents niveaux des systèmes agricoles et alimentaires.

L’originalité de cette approche est de considérer les cultures associées comme une innovation systémique. Leur développement ne dépend pas uniquement des choix des agriculteurs et agricultrices mais également de l’ensemble des acteurs qui interviennent avant et après la production : équipementiers, réseaux de conseil, monde de la recherche, organismes de collecte, de transformation, de distribution, consommateurs et consommatrices et pouvoirs publics. 

Les stratégies et solutions pratiques pour lever les freins au développement des cultures associées sont regroupées autour de quatre grands défis.

Le défi des pratiques agricoles

Le principal frein au développement des cultures associées est l’incertitude. Les agriculteurs manquent de références techniques fiables, de conseils adaptés et de retours d’expérience. Cette situation rend plus complexe le choix des espèces, la conduite des cultures et la gestion des récoltes. À cela s’ajoutent des contraintes matérielles, économiques, organisationnelles et administratives qui augmentent le risque perçu par les producteurs. Pour favoriser leur adoption, il est donc nécessaire de renforcer la production et le partage de connaissances, l’accompagnement technique, l’adaptation des équipements et le soutien des politiques publiques.

 Le défi du traitement post-récolte

Le principal verrou du post-récolte réside dans la gestion des impuretés et de la variabilité des récoltes issues des cultures associées. Les filières de transformation sont construites autour de standards stricts et de procédés standardisés, souvent peu compatibles avec ces productions. Les agriculteurs doivent investir dans des opérations de tri coûteuses, sans garantie de meilleure rémunération. Le manque de coordination entre producteurs, collecteurs et transformateurs accentue encore ces difficultés. Le défi consiste donc à adapter les équipements, les standards de qualité et l’organisation des filières pour permettre une meilleure valorisation des récoltes issues des cultures associées.

Le défi « Normalisation, vente et marketing »

Le défi de la standardisation et de la commercialisation réside dans le décalage entre la diversité des productions issues des cultures associées et les exigences de filières construites autour de matières premières standardisées. La variabilité des récoltes complique la transformation industrielle, tandis que l’absence de marché structuré et la faible connaissance des consommateurs limitent les débouchés. Le développement des cultures associées suppose donc de travailler simultanément sur l’adaptation des filières, la création de marchés, la différenciation des produits et la communication auprès des consommateurs.

 Le défi de l’engagement et de la communication entre les acteurs de la chaîne de valeur

Le développement des cultures associées est freiné par un déficit généralisé d’information, de formation et de dialogue entre les acteurs des filières. Agriculteurs, conseillers, collecteurs, transformateurs, distributeurs et décideurs publics connaissent encore insuffisamment les bénéfices et les contraintes de ces systèmes. Ce manque de communication limite la coopération, entretient les incertitudes et renforce les rapports de force au sein des filières. Le principal enjeu est donc de créer des espaces d’échange, de produire et diffuser des références partagées, et d’impliquer l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur dans la construction des solutions.

 

Parmi les 13 cas d’études (appelés « CICS »), le collectif français du Maine et Loire illustre concrètement plusieurs de ces stratégies. Le groupe s’est principalement appuyé sur une logique d’adaptation des cultures. Les agriculteurs ont expérimenté différentes associations autour de la lentille biologique, notamment avec la cameline, le lin, le seigle, le blé ou encore l’orge, afin d’améliorer la tenue des cultures, de limiter certains risques agronomiques et de sécuriser les rendements.

Cette dynamique s’est accompagnée d’un important travail d’apprentissage collectif, correspondant à la stratégie centrée sur les agriculteurs. Les agriculteurs ont partagé leurs résultats, comparé différentes modalités techniques, organisé des visites de parcelles et construit progressivement des références adaptées à leurs contextes.

Le collectif a également exploré les questions de tri et de post-récolte, rejoignant ainsi les stratégies d’adaptation des équipements et de minimisation des impuretés. Plusieurs réflexions ont porté sur les équipements de tri, le stockage et la qualité des récoltes, avec notamment l’étude d’un projet de trieur optique collectif.

Enfin, le collectif a cherché à construire des débouchés territoriaux, notamment en direction de la restauration collective. Cette démarche fait écho à la stratégie de développement de produits existants en circuits courts, même si plusieurs obstacles organisationnels, économiques et logistiques ont limité leur concrétisation.

Les travaux d’IntercropVALUES et l’expérience du collectif du Maine et Loire convergent vers plusieurs enseignements utiles pour les animateurs de groupes et les structures d’accompagnement.

Le premier est qu’il est souvent plus pertinent d’entrer par une problématique concrète des agriculteurs, comme la maîtrise des adventices, la sécurisation du rendement, la diversification des cultures, la réduction des intrants ou la création de valeur que par la promotion des cultures associées en tant que telles. Les cultures associées apparaissent alors comme un moyen de répondre à un besoin identifié.

Le deuxième enseignement est l’importance de construire progressivement les références techniques. Les essais à la ferme, les comparaisons entre modalités, les échanges entre pairs et les visites de terrain constituent des leviers majeurs d’apprentissage collectif et de réduction de l’incertitude.

Le troisième enseignement concerne l’intégration précoce des acteurs de l’aval. Les questions de tri, de stockage, de qualité des lots et de débouchés doivent être abordées dès les premières phases des projets afin d’éviter que les contraintes de filière ne deviennent un frein au développement des cultures associées.

Enfin, l’expérience montre que les innovations techniques et les innovations organisationnelles doivent être pensées conjointement. La réussite d’un projet de cultures associées dépend autant de la maîtrise agronomique des systèmes que de la capacité des acteurs à construire collectivement des solutions de commercialisation, de transformation et de gouvernance adaptées.

Plus d’informations sur le projet

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INTERCROPVALUES

2022-2026

Exploiter les avantages des cultures associées pour concevoir et gérer des systèmes de culture diversifiés, résilients, rentables et respectueux de l’environnement.