Trier en Cuma : ce que le collectif rend possible
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Troisième épisode : le tri passe en mode collectif. Un trieur qui voyage de ferme en ferme, des réglages à maîtriser et des grains à ne pas mélanger : qui fait quoi, où, quand et comment ?
Les Cuma donnent accès à des équipements très différents : trieurs mobiles à grilles, trieurs alvéolaires, tables densimétriques ou encore trieurs optiques. Elles permettent aussi plusieurs façons d’organiser le travail.
Les sept Cuma étudiées montrent une grande diversité de situations. Dans un cas, environ 30 tonnes brutes sont triées chaque année. Dans d’autres, le volume atteint 2 000 tonnes. Certains équipements sont utilisés par quelques adhérents. Une des installations étudiées compte 250 utilisateurs. Les périmètres vont de quelques communes à plusieurs régions.
Les usages sont eux aussi variés. Tous les trieurs en Cuma étudiés servent à produire des semences. Ils peuvent également servir à nettoyer les récoltes et à séparer les espèces associées. Les procédés disponibles dépendent des équipements : grilles ou alvéoles pour la taille et la forme, tables densimétriques pour la densité, trieurs optiques pour la couleur. Certaines Cuma disposent de plusieurs équipements et peuvent enchaîner plusieurs opérations.
Cette polyvalence a ses limites. Les caractéristiques du matériel déterminent les graines qu’il est possible de séparer correctement. Pierre ne dispose par exemple pas de l’équipement adapté sur le trieur alvéolaire de sa Cuma pour séparer les lentilles vertes des céréales auxquelles elles sont associées. Dans une autre Cuma, la chaîne, initialement conçue pour les haricots, est aussi utilisée pour trier de petites graines comme le quinoa, la cameline ou le chia, mais avec des pertes plus importantes.
L’organisation de la Cuma joue également sur les usages. Dans l’un des cas étudiés, la Cuma trie essentiellement des associations lentillon-céréale. Les demandes pour trier de petits volumes d’autres espèces sont le plus souvent refusées, car elles nécessiteraient un nettoyage complet de l’installation. À l’inverse, chez Stéphane, disposer d’un trieur a favorisé l’introduction de nouvelles cultures : il explique qu’il n’aurait probablement pas cultivé la cameline en association sans cette possibilité de tri. Ce rôle du trieur dans la diversification n’est toutefois pas observé chez tous les agriculteurs rencontrés.
Qui sait faire fonctionner le trieur ?
Dans plusieurs Cuma, chaque adhérent conduit lui-même le matériel. Il apprend à choisir les grilles et à réaliser les réglages avec l’aide du fabricant ou du concessionnaire, en travaillant avec des collègues agriculteurs ou « à tâtons », en essayant par lui-même. Dans d’autres Cuma, les compétences sont concentrées chez une personne référente, agriculteur ou salarié, qui réalise le tri pour les autres.
Les compétences de tri s’acquièrent avec le temps et la pratique. Pierre raconte que les difficultés rencontrées lors des premiers réglages ont découragé certains utilisateurs, qui ont préféré faire appel à un prestataire. Nicolas explique avoir appris progressivement « en le réparant, en le nettoyant, en l’utilisant ». Mathieu insiste lui aussi sur l’expérience : « il n’y a pas de bouquin qui peut vous apprendre à trier. C’est l’expérience du conducteur de l’installation qui fait que ça se passe bien. »
Le collectif permet donc aussi de partager ou de concentrer des compétences. Le mémoire identifie plusieurs autres intérêts : accéder à du matériel coûteux, répartir les frais d’achat et d’entretien, ou encore rendre disponibles des équipements que chaque exploitation utiliserait peu dans l’année.
Le partage demande en retour une organisation précise. Pour les trieurs mobiles, il faut déplacer, installer et nettoyer le matériel. Dans certains groupes, le trieur reste chez le dernier utilisateur. Celui-ci le nettoie, puis l’adhérent suivant vient le chercher. La distance devient alors un critère important. Certaines Cuma limitent le rayon de déplacement du matériel. À l’inverse, des équipements rares et coûteux peuvent attirer des utilisateurs sur plusieurs départements.
Le nettoyage intervient aussi dans la cohabitation entre agriculture biologique et conventionnelle. Certaines Cuma étudiées réservent leurs trieurs aux adhérents bio. D’autres les partagent entre bio et conventionnel avec des règles de nettoyage et, parfois, un ordre de passage des lots.

Ces exemples montrent plusieurs façons d’organiser le tri en collectif. Les choix concernent le matériel, mais aussi le nombre d’utilisateurs, les compétences, la mobilité, le nettoyage et les règles de fonctionnement.
Les agriculteurs acceptent cette organisation parce que le tri répond à des objectifs précis dans leur exploitation. Ces objectifs ne sont pas les mêmes pour tous. C’est ce que Lucie a cherché à comprendre dans son troisième résultat, dans le prochain épisode…

Plus d’informations sur le projet :

INTERCROPVALUES
2022-2026
Exploiter les avantages des cultures associées pour concevoir et gérer des systèmes de culture diversifiés, résilients, rentables et respectueux de l’environnement.