Quels apprentissages sur le développement de filières agroalimentaires basées sur les cultures associées ?
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13 cas de co-innovations du projet Intercropvalues, 13 objectifs différents de production de cultures associées et de leur commercialisation. C'est l'heure du bilan !
Au début du projet, de très nombreuses questions concernant les cultures associées ont été posées par les participants, tous en charge d’un cas d’étude de co-innovation (« CICS »). C’est déjà la fin de ce projet riche d’apprentissages, dont voici une sélection choisie, en direct du terrain.
De l’analyse des barrières aux solutions… sous conditions !
L’agronomie, une question de partage
A la réunion, un réseau d’agriculteurs a été créé, ce qui a permi d’échanger sur les pratiques agronomiques. « Finalement, l’agronomie n’était pas le problème principal, les agriculteurs ont réussi à cultiver ».
Le partage d’expériences entre agriculteurs dans le Tarn a aussi été très utile pour lever les problèmes techniques. « Les agriculteurs ont pensé au démarrage que nous savions quelle était la meilleure solution, alors que nous avons finalement construit une stratégie commune tous ensemble ».
En Serbie, il n’y avait pas de collectif d’agriculteurs, mais « nous avons appris que la sélection de la bonne variété est primordial dans le choix d’une association d’espèces ».
Dans le Maine-et-Loire, « nous n’avons pas non plus trouvé la meilleure association de culture, car elle n’existe pas, chaque ferme a sa propre association la plus adaptée. Mais les agriculteurs ont appris, partagé et progressé collectivement et individuellement. »
Les politique publiques, peu aidantes pour le moment
A la Réunion, « nous avons un très bon réseaux d’acteurs de la chaîne de valeur, qui discutent bien ensemble. Mais nous n’avons pas réussi à faire valoir le concept de paiement pour service environnementaux via la réduction des herbicides. »
En France, « la loi Egalim prévoit une croissance de la demande en légumineuses, toutefois nous constatons que cette loi n’est pas suivie d’aides financières concrêtes sur le terrain pour faciliter la mise en oeuvre. Ce pourrait être une bonne opportunité pour développer les cultures associées, mais nous manquons de soutien. »
En Italie, « les cultures associées ne peuvent pas être déclarées administrativements. Si elles n’apparaissent pas dans les statistiques nationales, alors elles ne peuvent pas être soutenues finacièrement. »
Le tri, à la carte
En Allemagne, « le pré tri est indispensable, et le système de tri doit être intégré au processus de valorisation global des cultures associées, avec la valorisation du blé et du pois via les meuniers, et la valorisation des déchets de tri en alimentation animale. Par contre nous avons constaté que des résidus de pois dans le blé jusqu’à quelques pourcents ne perturbe pas la meunerie. »
En Ecosse, « des experts techniques ont dit aux agriculteurs ce qu’ils devaient faire sur le tri. Mais ça n’a pas fonctionné, évidemment. Comme pour les autres aspects, il est important de partir des besoins des agriculteurs. »
Dans le Maine-et-Loire, la question du trieur a permi aux agriculteurs de se positionner sur leurs besoins. « On est parti du projet d’achat d’un trieur optique pour finalement se rendre compte que des formes de prestations étaient suffisantes pour le moment, que le tri est un vrai métier qui s’organise collectivement ».
Trouver des débouchés, c’est un métier
En Ecosse, « nous aurions du démarcher bien plus tôt un acteur de la commercialisation, car le marché est dirigé par la demande. Les agriculteurs étaient capables de produire beaucoup mais ils n’étaient pas connus, ils n’avaient pas de site internet, la demande était très basse. »
En Suisse, nous avons passé trop de temps à tenter de convaincre des acteurs de l’aval à utiliser les cultures associées dans leurs proccessus de fabrication. Nous avons ensuite chercher d’autres acteurs déjà convaincus par les cultures associées, qui sont devenus de vrais ambassadeurs. Nous avons maintenant un groupe plus restreint mais bien plus engagé ! »
Le management d’un réseau d’acteurs : la clé de voûte
Partir des besoins et ambitions des agriculteurs, convaincre les parties prenantes, accorder les questions techniques et la recherche, l’ensemble des questions précédentes semblent tirer un fil rouge : l’humain. Ou plutôt LES humains.
Dans le Maine-et-Loire, « nous partions du principe que le groupe d’agriculteurs partageaient le même point de vue sur les cultures associées et sur les modes de commercialisations qu’ils souhaitaient. Le travail réalisé sur les questions agronomiques et de tri a permis aux agriculteurs d’apprendre les uns des autres et de se positionner ensuite sur une stratégie commune, avec un groupe réduit. Cette évolution a pris du temps, des expérimentations, des réunions, qui ont in fine permis plus de clarté sur les objectifs communs ».
En Allemagne, les questions ont porté sur la différence entre les besoins de données et d’analyses des chercheurs pour tirer des enseigments solides et structurés et les besoins pratiques des agriculteurs au temps « T ». « Cela a demandé beaucoup de temps, de coup de téléphone et d’échanges dans les champs avec les agriculteurs pour collecter l’ensemble des données nécessaires ».
Comment ont évolué les cas d’études ?
CICS 1 — Danemark : Des essais de cultures associées à la construction d’une filière blé-pois viable
Le CICS danois cherchait à faire passer l’association blé-pois du stade expérimental à une filière alimentaire économiquement viable. Le projet a réuni les différents maillons de la filière (agriculteurs, acteurs du machinisme, transformateurs et utilisateurs des produits alimentaires) pour travailler sur les principaux verrous : proportion de blé et de pois dans le mélange, rendement, semis simultané, récolte, tri après récolte et aptitude à la transformation. L’approche retenue a notamment consisté à partir des caractéristiques attendues du produit alimentaire final pour remonter ensuite jusqu’aux choix réalisés au champ.
Après quatre ans, une piste intéressante consiste à ne plus chercher systématiquement à séparer complètement le blé et le pois, mais à concevoir dès le départ un mélange permettant de conserver une proportion maîtrisée de pois dans le produit transformé. Les essais de panification montrent qu’une incorporation de 10 à 15 % de farine de pois est pertinente, et un acteur de la restauration l’utilise déjà dans certains produits. Il reste désormais à valider la solution à l’échelle commerciale : comportement du mélange au champ, récolte, séchage et stockage, qualité de mouture et, surtout, rentabilité de l’ensemble de la filière.
CICS 2 — Suède : Un objectif qui demeure : stimuler la demande
Le CICS suédois visait à développer les débouchés alimentaires pour des légumineuses locales issues notamment de cultures associées. Le projet a travaillé avec les agriculteurs, conseillers et entreprises agroalimentaires pour mieux identifier les freins et les conditions favorables à leur développement. Il a également cherché à mieux faire connaître les bénéfices des associations, à réfléchir au modèle économique et à susciter l’intérêt des acteurs locaux, notamment à travers des ateliers organisés avec d’autres initiatives régionales et une démonstration de tri avec un équipement mobile.
Après quatre ans, l’initiative elle-même semble relativement peu active, mais l’intérêt pour les légumineuses locales reste bien présent et semble même progresser, notamment auprès des collectivités et acteurs régionaux. Pour aller plus loin, les participants identifient plusieurs besoins : faciliter l’adoption par les agriculteurs, mieux valoriser économiquement les produits et mieux répartir la valeur au sein de la filière, proposer des outils simples d’aide à la décision et mieux prendre en compte les risques. Les collaborations avec les collectivités et les réseaux territoriaux apparaissent comme une piste importante pour poursuivre la dynamique.
CICS 3 — Écosse : Un colza biologique écossais
Le CICS écossais s’est construit autour de la production de colza biologique, éventuellement en culture associée, et de sa valorisation sous forme d’huile. Une grande partie du travail a porté sur la création d’une relation de confiance entre les différents acteurs de la filière. Le projet a organisé des échanges réguliers entre producteurs, des discussions sur les itinéraires techniques, des interventions d’experts et un travail avec le transformateur et l’opérateur commercial pour identifier les risques. Les rencontres entre agriculteurs et les réunions réunissant l’ensemble de la filière apparaissent comme des éléments particulièrement utiles de la démarche.
Après quatre ans, un petit groupe d’agriculteurs motivés s’est constitué et continue à partager ouvertement ses expériences. Son maintien, voire son élargissement, dépendra cependant de l’existence d’un marché pour l’huile de colza biologique et de la poursuite de l’implication du transformateur. Certains agriculteurs devraient continuer à produire du colza, associé ou non, tant qu’un acheteur est présent et que la production reste rentable. Les deux questions principales restent donc ouvertes : sécuriser techniquement la production de colza biologique associé et créer une demande suffisante pour une huile biologique positionnée sur un marché à plus forte valeur ajoutée.
CICS 4 — Sud-Ouest de la France, Tarn et Haute-Garonne : Poursuivre l’expérimentation par essais et ajustements
Le CICS du Sud-Ouest s’est appuyé sur une démarche multi-acteurs associant expérimentation chez les agriculteurs, conseil et recherche. Pendant trois ans, environ cinq exploitations engagées dans des filières différentes ont conduit des essais avec la Chambre d’agriculture et INRAE. Des actions ont ensuite été organisées en fonction des besoins rencontrés : visites de parcelles, formation au tri, essais de commercialisation de farines, puis deux années d’essais de panification associant agriculteurs et consommateurs. Cette démarche a permis de constituer un réseau et de produire des références directement issues des conditions de production réelles.
Après quatre ans, il reste des résultats d’essais, des compétences partagées entre agriculteurs, conseillers et chercheurs, ainsi que de nouveaux produits de boulangerie ouvrant des débouchés aux légumineuses tout en réduisant certaines contraintes de tri. Le réseau devrait également se maintenir grâce à un financement complémentaire. Les participants considèrent néanmoins qu’il faut poursuivre une logique d’expérimentation progressive : produire davantage de références techniques et économiques, former agriculteurs et conseillers, sélectionner des variétés adaptées, clarifier les relations contractuelles entre producteurs, organismes de stockage-tri et transformateurs, développer des recettes et des débouchés commerciaux et accompagner les investissements dans le matériel et le tri optique. Un enjeu transversal est de mieux accompagner le risque pris par les acteurs lorsqu’ils expérimentent de nouvelles pratiques.
CICS 5 — Allemagne : Le manque de financements à long terme fragilise la poursuite des filières
Le CICS allemand a travaillé pendant deux campagnes avec des agriculteurs, des meuniers et des boulangers autour d’associations blé-pois, depuis la production jusqu’à la transformation et à la commercialisation. Deux campagnes de valorisation en boulangerie ont été menées et les résultats ont été rassemblés dans un guide destiné aux professionnels. Le projet souligne également l’importance de la participation active des acteurs à toutes les étapes. L’un des enseignements est que la construction de ces partenariats demande beaucoup de temps et nécessite de définir dès le départ les objectifs, le calendrier et les responsabilités de chacun.
Après quatre ans, certaines filières vont poursuivre leur activité, tandis que d’autres ont décidé de s’arrêter, faute d’accompagnement scientifique et de moyens humains et financiers suffisants. Plusieurs questions restent à approfondir : choix des espèces et performances agronomiques, mouture du pois, nouveaux débouchés en boulangerie, qualité des produits, mais aussi stockage, logistique et commercialisation. Le changement d’échelle suppose également d’impliquer des acteurs disposant de capacités plus importantes, notamment des coopératives et des entreprises de transformation. La continuité du travail reste donc fortement dépendante de nouveaux financements.
CICS 6 — Grèce : Développer l’association des céréales avec des légumineuses d’hiver en Grèce
Le CICS grec a expérimenté pendant quatre campagnes, sur quatre sites pilotes, des associations de blé tendre, blé dur ou orge avec de la féverole ou du pois, conduites à bas niveau d’intrants, sans engrais ni herbicide. Les agriculteurs ont utilisé et adapté leur propre matériel. Le semis, mais surtout la récolte et le tri des grains après récolte, ont constitué les principaux verrous techniques. Le projet a également travaillé avec une coopérative, des spécialistes de l’alimentation, des meuniers et des transformateurs afin d’aller jusqu’à la fabrication de produits directement consommables : pain, biscuits, pâtes ou produits végétaux.
Après quatre ans, les connaissances acquises, les partenariats entre acteurs, les sites pilotes, les réglages de machines et les recettes mises au point constituent les principaux acquis. En revanche, l’animation collective financée par le projet pourrait disparaître. Un enseignement important est qu’un prix plus élevé ne suffit pas, à lui seul, à convaincre les agriculteurs : il faut également disposer d’une solution fiable et accessible pour nettoyer et séparer les récoltes, ainsi que d’un acheteur identifié avant le semis. La suite doit donc consolider les débouchés, développer des équipements de tri partagés accessibles aux petits producteurs et mettre en place des engagements d’achat sur plusieurs années avec les meuniers et transformateurs.
CICS 7 — La Réunion : Co-conception de systèmes associant canne à sucre et plantes de couverture pour réduire l’usage des herbicides…une bonne idée, mais peut-être pas au bon moment à La Réunion
Le CICS réunionnais a constitué un petit réseau d’agriculteurs pour tester l’intérêt et la faisabilité de plantes de couverture associées à la canne à sucre, notamment dans l’objectif de réduire le recours aux herbicides. Ces producteurs ont été mis en relation avec un réseau plus large réunissant acteurs de la filière, recherche, organismes techniques et décideurs publics. Une part importante du travail a consisté à identifier des agriculteurs volontaires, à construire une relation de confiance avec eux et à tester les pratiques dans leurs exploitations. Ces essais ont également permis de mieux mettre en évidence les limites des systèmes actuels et l’intérêt d’une diversification plus large.
Après quatre ans, certains agriculteurs devraient poursuivre les pratiques testées, avec une possibilité d’élargissement vers le réseau de producteurs de canne biologique. Mais les priorités de la filière ont évolué : il s’agit aujourd’hui avant tout de retrouver des rendements et des volumes de production suffisants, dans un contexte où la disponibilité de la main-d’œuvre constitue une contrainte majeure. La poursuite du travail passe donc par une mécanisation accrue de la gestion des plantes associées, la recherche d’incitations économiques et l’étude de légumineuses suffisamment productives, notamment pour leur capacité à améliorer la disponibilité de l’azote.
CICS 8 — Espagne : De nouvelles cultures associées pour optimiser l’utilisation des ressources et les services écosystémiques
Le CICS espagnol est parti d’un problème concret rencontré par des producteurs de brocoli de printemps : mieux maîtriser les ravageurs, notamment Delia radicum et Brevicoryne brassicae, grâce à la protection intégrée. Un groupe d’agriculteurs d’une coopérative a donc testé différentes associations de cultures dans des parcelles de démonstration. Le projet a également cherché à faire connaître cette approche auprès de l’industrie agroalimentaire et a organisé des réunions avec les producteurs ainsi qu’une journée de terrain pour présenter les résultats.
Après quatre ans, les associations testées n’ont pas apporté l’effet positif attendu sur la maîtrise des ravageurs du brocoli. La poursuite de cette piste suppose donc d’identifier d’autres combinaisons de cultures capables d’avoir un effet plus favorable. L’objectif est désormais de trouver des espèces qui soient à la fois compatibles sur le plan agronomique, faciles à conduire ensemble et économiquement intéressantes, tout en apportant des bénéfices grâce à une meilleure utilisation du sol, de l’eau et de la lumière ou à une meilleure régulation des ravageurs et maladies. Les associations pourraient ainsi être recherchées pour d’autres services que la seule protection contre les ravageurs.
CICS 9 — Serbie : De la recherche sur les cultures associées à leur valorisation dans les filières
Le CICS serbe avait pour objectif de faire passer les cultures associées des essais agronomiques à une valorisation concrète dans une filière alimentaire locale. Un système de production et une exploitation pilote ont été choisis pour tester les pratiques en conditions réelles. Le projet a identifié les principaux freins et opportunités, élaboré des recommandations techniques, étudié les possibilités de créer des produits à plus forte valeur ajoutée et cherché à connecter davantage les producteurs avec les acteurs situés en aval de la filière.
Après quatre ans, les participants constatent une meilleure reconnaissance des cultures associées et voient dans les filières alimentaires, la gastronomie et les bénéfices environnementaux des moyens de favoriser leur développement. Les travaux doivent se poursuivre à la fois sur les techniques de production et sur les produits transformés, notamment le pain et les pâtes. Les prochaines étapes visent à renforcer les échanges de connaissances, rapprocher les agriculteurs des autres acteurs de la filière, mieux informer les consommateurs et développer des mélanges de semences, des variétés adaptées aux associations et des produits alimentaires pouvant être effectivement commercialisés.
CICS 10 — France, Loire : Construire et tester une petite organisation collective de commercialisation
Le CICS Loire a travaillé simultanément sur la production, le tri après récolte et les débouchés commerciaux. Au champ, les agriculteurs ont combiné essais dans leurs exploitations, adaptation des pratiques à chaque situation et apprentissage collectif. Pour le tri, l’utilisation d’un trieur optique a montré qu’au-delà de l’équipement lui-même, il fallait organiser le temps de travail, acquérir des compétences et répartir clairement les responsabilités. Enfin, le projet a cherché à vérifier l’existence de débouchés réels avant d’engager des investissements importants ou d’augmenter fortement les volumes produits.
Après quatre ans, les principaux acquis sont les compétences développées par les agriculteurs, leur capacité à poursuivre eux-mêmes les essais et les relations construites au sein du groupe. Un noyau de quatre exploitations particulièrement motivées pour travailler ensemble développe désormais un projet commun avec l’appui du GABB. L’objectif est de construire progressivement une véritable organisation collective de commercialisation : définir les volumes disponibles, la gamme de produits, les marchés ciblés, les responsabilités de chacun, les coûts de production, l’identité commune et le cadre juridique. Le GABB continuera à apporter un appui ciblé, tandis que les agriculteurs prendront progressivement en charge la prospection, la communication et l’organisation du collectif.
CICS 11 — Italie : Diffuser les cultures associées au sein de l’agriculture biologique italienne
Dans le CICS italien, les exploitations pratiquaient déjà les cultures associées et valorisaient leurs produits en circuits courts. Le projet ne cherchait donc pas à créer une nouvelle filière, mais à comprendre les raisons de ces choix, à identifier les facteurs de réussite et les difficultés rencontrées, puis à favoriser la diffusion des pratiques. Un réseau d’agriculteurs et de conseillers a été constitué pour partager les expériences. Des actions ont également été menées auprès des étudiants, des citoyens et des décideurs publics, tandis que de nouvelles recettes ont été développées et testées.
Après quatre ans, le principal acquis est un réseau actif réunissant agriculteurs, conseillers, boulangers et citoyens, qui devrait continuer à échanger et à développer de nouveaux produits selon des principes agroécologiques. En revanche, les formations techniques structurées et l’implication des décideurs publics sont plus difficiles à maintenir sans le projet. Les priorités portent maintenant sur l’amélioration des itinéraires techniques et des procédés après récolte, la sélection de variétés spécifiquement adaptées aux cultures associées, ainsi que la démonstration des services écosystémiques apportés par ces systèmes. Parcelles de démonstration, formations et journées techniques doivent permettre de continuer à faire vivre et à élargir le réseau.
CICS 12 — Mozambique : Mieux comprendre les compromis liés à la « modernisation » des cultures associées
Le CICS mozambicain se distingue des autres cas car les cultures associées sont déjà très présentes dans les systèmes agricoles locaux. L’enjeu n’était donc pas de les introduire, mais d’éviter qu’elles soient abandonnées lorsque les exploitations s’intègrent davantage aux marchés et intensifient leur production. Le projet a combiné ateliers avec les acteurs, séminaires scientifiques, essais en exploitation et en station expérimentale et suivi des systèmes. Ces travaux ont contribué à la création d’un living lab consacré à l’intensification écologique de l’agriculture dans les provinces de Gaza et d’Inhambane.
Après quatre ans, ce living lab doit se poursuivre dans le cadre d’un nouveau projet Horizon Europe, avec une approche élargie aux systèmes associant cultures et élevage. Les services de conseil agricole et le ministère de l’Agriculture ont également évolué dans leur perception des associations, désormais considérées comme pertinentes au moins pour les exploitations orientées vers l’autoconsommation. La question centrale reste néanmoins ouverte : comment intensifier la production et améliorer les revenus sans perdre les bénéfices des cultures associées ? Les travaux futurs devront donc mieux évaluer leur faisabilité économique et les compromis entre revenu à court terme, compétition ou complémentarité entre espèces et durabilité environnementale.
CICS 13 — Suisse : Développer une filière céréales-féverole dans les Alpes suisses
Le CICS suisse cherchait à construire une petite filière alimentaire autour de céréales et de féveroles cultivées en association dans les Alpes suisses. Le projet a mis l’accent sur la mise en relation des différents acteurs et la recherche collective de solutions aux difficultés rencontrées. Des ateliers, visites de terrain et dégustations ont permis de rapprocher agriculteurs, transformateurs, acteurs de la gastronomie et autres partenaires, tout en recherchant des débouchés permettant de mieux valoriser les produits issus des associations.
Après quatre ans, une petite filière est effectivement en place, réunissant notamment cinq agriculteurs, un moulin, une boulangerie et un magasin. Ces partenariats devraient perdurer et le groupe réfléchit désormais à l’élargissement de la filière, même si le réseau plus large d’échanges entre producteurs risque de moins bien se maintenir après le projet. Les priorités sont maintenant d’améliorer la qualité alimentaire de la féverole, tester des variétés et des mélanges adaptés aux conditions suisses, développer la consommation de légumineuses et surtout déterminer dans quelle mesure cette petite filière peut être reproduite dans d’autres régions alpines et éventuellement changer d’échelle.
Ces expériences montrent que les cultures associées sont intégrées dans un système bien plus large que les fermes qui les mettent en oeuvre, nécessitant une stratégie globale à mener avec l’ensemble des acteurs de la chaine de valeur, incluant les consommateurs. La stratégie politique européenne « Farm to Fork » (« de la ferme à l’assiette ») serait peut-être pertinente à réfléchir « Fork to Farm » (« de l’assiette à la ferme »).
Une thèse pour capitaliser sur ces apprentissages
À partir des 13 CICS d’IntercropVALUES, Fanny Raoux a engagé une thèse à l’UMR AGIR de INRAE, visant à comprendre comment se construisent des chaînes de valeur intégrant les cultures associées, à travers des démarches de co-conception impliquant les différents acteurs de la filière.
Son travail part du constat que les freins à leur développement sont nombreux et interdépendants (conduite agronomique, matériel de récolte et de tri, exigences des transformateurs, débouchés) et qu’ils ne peuvent donc pas être traités séparément.
La thèse analysera et comparera les trajectoires d’innovation des 13 CICS afin d’identifier les facteurs qui facilitent ou, au contraire, freinent la structuration de ces filières. Elle approfondira ensuite certains cas pour étudier comment des innovations coordonnées, du champ jusqu’au produit alimentaire, peuvent permettre de lever simultanément plusieurs verrous et de créer des bénéfices pour les différents acteurs de la chaîne de valeur.

Plus d’informations sur le projet

INTERCROPVALUES
2022-2026
Exploiter les avantages des cultures associées pour concevoir et gérer des systèmes de culture diversifiés, résilients, rentables et respectueux de l’environnement.