Place et rôle des Cuma face aux enjeux de qualité de l’air : les projets AGRIQ’Air
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En France, l’agriculture occupe une place essentielle dans les débats sur la qualité de l’air. En tant que secteur productif, elle est à la fois victime et source de pollution atmosphérique, notamment par l’émission de plusieurs polluants qui contribuent à la dégradation de l’air ambiant.
L’ammoniac, ce coupable
Parmi eux, l’ammoniac (NH₃) figure en tête. C’est un polluant atmosphérique qui joue un rôle important dans les processus d’acidification, d’eutrophisation, contribue à la dégradation de la biodiversité végétale et est un précurseur de particules fines. En France, les émissions d’ammoniac sont presque exclusivement d’origine agricole (à 93 % en 2020). Les émissions agricoles de NH₃ sont liées à 60 % aux pratiques d’épandage (26 % engrais minéraux, 19 % engrais organiques, 16 % déjections à la pâture) et à 40 % aux pratiques d’élevage (émissions au bâtiment et au stockage des déjections) (Source : CITEPA).
Les Cuma ont un rôle à jouer pour limiter l’impact des activités agricoles.
Les conséquences sanitaires de ces émissions sont bien documentées. En France, la pollution de l’air serait à l’origine de près de 40 000 morts chaque année, dont une partie est liée indirectement aux pratiques agricoles.
Un cadre réglementaire renforcé
Face à cette situation, le cadre réglementaire s’est renforcé, notamment sous l’impulsion de la Directive européenne NEC (National Emission Ceilings), qui fixe des plafonds nationaux d’émission pour plusieurs polluants, dont l’ammoniac. En France, la Stratégie nationale de réduction des émissions de polluants atmosphériques (SNREPA) fixe des objectifs de baisse de ces émissions d’ici 2030. Plusieurs mesures ont été mises en place :
- Interdiction de l’épandage par grand vent ou forte chaleur
- Obligation d’enfouissement rapide des effluents, incitations à couvrir les fosses à lisier, etc.
- Ces politiques sont également relayées à l’échelle locale à travers des Plans Climat Air Énergie Territoriaux (PCAET) ou des Plans de Protection de l’Atmosphère (PPA).
Agir sur la qualité de l’air
Du côté des exploitants agricoles, de nombreux leviers existent pour agir sur la qualité de l’air. Des pratiques plus raisonnées permettent de limiter les pertes d’azote dans l’air, comme l’adaptation des doses d’engrais, l’épandage localisé, ou l’optimisation de l’alimentation animale pour réduire les émissions de méthane.
Le recours à des outils d’aide à la décision, tels que des capteurs ou des plateformes de pilotage agronomique, permet également de mieux ajuster les pratiques aux conditions réelles, réduisant ainsi les émissions superflues. Ces solutions s’inscrivent souvent dans une logique plus large d’agroécologie, visant une autonomie azotée des systèmes et une meilleure résilience des exploitations.
Cependant, ces évolutions posent aussi des défis importants. Le coût des équipements adaptés comme les matériels moins émissifs, le besoin de formation, les résistances au changement ou encore l’absence de rémunération directe de certains bénéfices environnementaux freinent parfois les transitions. À cela s’ajoutent des tensions sur les territoires entre exigences environnementales et maintien de la production agricole. L’enjeu est donc de construire collectivement des solutions équilibrées, compatibles avec les contraintes des agriculteurs tout en répondant aux urgences sanitaires et écologiques.
En somme, améliorer la qualité de l’air en lien avec l’agriculture passe par une approche intégrée, mêlant politiques publiques, innovation technique, accompagnement des acteurs de terrain et évolution des pratiques. C’est un levier essentiel pour une agriculture durable, en phase avec les attentes sociétales et la préservation des ressources naturelles.
Le rôle des Cuma
Les Cuma ont un rôle important à jouer pour y contribuer.
Sur le volet épandage, source de pollution l’ammoniac , les Cuma dispose d’un parc matériel important. Selon le CITEPA, les volumes d’effluents liquides épandus par les Cuma et les ETA en France sont estimés à 59,7 millions de tonnes de matière brute (Mt) dont 59 % épandues par les Cuma et 41 % épandues par les ETA. La proportion d’effluents liquides épandus avec un matériel moins émissif est de 45 % en France. Selon les données AXEMA/réseau Cuma, les Cuma achètent 42 % des tonnes à lisier vendus en France avec un taux d’équipement moins émissif estimé à 68% en 2022.


Sur le volet émissions de particules fines qui ont pour origine, essentiellement la consommation de carburant et brulage des résidus de cultures en agriculture, le réseau Cuma peut aussi agir sur des leviers comme la réduction de la consommation de carburant et la valorisation des résidus de cultures.
C’est dans ce cadre que le réseau Cuma mènent plusieurs actions pour améliorer la qualité de l’air à travers les projets AgriQAir.