Dans cet épisode du Podcast des éleveurs*, Marine Boyer, présidente de la FNCuma, partage son expérience. Économies, accès à du matériel innovant, organisation collective, lien social et intégration dans le territoire : elle revient sur les nombreux atouts des Cuma, sans éluder les contraintes liées au fonctionnement en collectif.
Partager l'article :
Ecouter
Pour écouter le podcast cliquez ci-dessous
Voici la transcription complète du podcast
Podcast des éleveurs Peut-on être éleveur sans adhérer à une Cuma ? Ce service de mutualisation de matériel agricole prend une place centrale dans le quotidien des éleveurs. Mais qu’est-ce que ça leur apporte concrètement ? Pourrait-il faire sans ? Pour en parler, on a décidé d’inviter Marine Boyer. Marine, bonjour.
Marine Boyer Bonjour.
Podcast des éleveurs Vous êtes la présidente de la Fédération nationale des Cuma et vous êtes aussi éleveuse de vaches allaitantes en bio en Aveyron.
Marine Boyer Tout à fait.
Podcast des éleveurs On va aborder avec vous l’importance de ces coopératives d’utilisation de matériel agricole. Je vous propose un petit vrai ou faux. C’est possible d’avoir un élevage performant économiquement en réduisant le nombre de machines à la ferme ?
Marine Boyer Oui, c’est possible.
Podcast des éleveurs On va expliquer ensemble pourquoi. Vrai. Aujourd’hui, tous les éleveurs sont adhérents à une Cuma.
Marine Boyer Faux.
Podcast des éleveurs Est-ce que vous pouvez me rappeler les chiffres globalement ?
Marine Boyer Oui, c’est 55 % des éleveurs aujourd’hui de vaches allaitantes et de vaches laitières qui sont adhérents à une Cuma. Donc ça laisse 45 % de non. Et après, on observe quand même que la plupart sont inscrits dans des pratiques assez innovantes avec 60 % du matériel, On va dire de fertilisation et aussi d’épandage qui sont en Cuma.
Podcast des éleveurs Et la dernière affirmation, Rejoindre le conseil d’administration de la Cuma proche de chez vous a changé votre vie professionnelle. Alors, est-ce que vous pouvez revenir justement sur votre parcours et comment les Cuma ont pris une place dans votre vie ?
Marine Boyer Alors, mon parcours, Il est que j’ai travaillé à l’extérieur avant de m’installer sur l’exploitation de mon père, Que j’ai reprise en 2017, En même temps que l’exploitation aussi de mon beau-père. J’ai, On a constitué un GAEC et puis en même temps, J’ai repris le poste de trésorière de la Cuma de mon père. Ça faisait déjà partie des prérogatives, On va dire, mais je me suis pas sentie voilà obligée. Mais je sentais que ça faisait partie aussi de la transmission de reprendre ce poste là. Et donc. C’est comme ça que j’ai intégré le conseil d’administration de la Cuma et aussi de ma Cuma locale, Puisque c’est vrai que j’adhère à 5 Cuma, Donc, mais seulement 2 conseils d’administration sur les 5. Et donc c’est vrai que l’intégration via le conseil d’administration, Ça a été intéressant parce que ça m’a permis de m’intégrer sur le territoire, De connaître mes voisins, De pouvoir vraiment me faire connaître aussi, Parce que c’est vrai qu’en étant partie puis revenue.
Podcast des éleveurs Vous étiez originaire de la région et vous êtes reconvertie. C’est une reconversion professionnelle ?
Marine Boyer En fait, je suis donc je suis de l’Aveyron, Mon père était agriculteur, il est à la retraite. Je suis partie faire des études à Toulouse, J’ai exercé en tant qu’informaticienne à Toulouse et ensuite je suis partie un an au Canada en permis vacances travail et c’est là que la remise en question s’est faite. Et en 2017, Je suis rentrée, j’ai réalisé BPREA parce que je n’avais pas de capacité agricole en fait, en ayant suivi un cursus informatique. Et donc c’est là que je me suis ensuite installée le 1er avril 2017.
Podcast des éleveurs Quelle place prennent les différentes Cuma dans votre exploitation.
Marine Boyer Aujourd’hui, on est adhérent à 5 Cuma. Ça peut sembler important, mais en fait ça s’explique par déjà la géographie de notre exploitation. On est sur 2 sites distants de 18 km. Donc pour pas user le matériel sur les routes, et bien on adhère à la Cuma de chaque village. Et puis ensuite, c’est ce qui fait aussi un peu l’ADN des Cuma, C’est à dire cette capacité à innover et à aller sur du matériel. Un peu voilà innovante du type bois énergie qu’on a on n’a pas eu utilité à 100% sur l’exploitation, mais qui vient ponctuellement rythmer nos travaux. Et donc voilà, il y a bois énergie, Trieurs à grains, des choses comme ça. Pour la moisson, chaque année, c’est d’autres Cuma, Il s’avère que c’est d’autres structures qui portent ces services. Et la dernière, elle a été créée pour mutualiser les salariés à plusieurs Cuma. En fait, on va mutualiser 2,5 ETP.
Podcast des éleveurs Quels sont les principaux avantages que vous trouvez en tant qu’éleveuse à adhérer à une Cuma ?
Marine Boyer Alors déjà, évidemment qu’elle est économique. La première des choses, Si on en croit aujourd’hui le discours qui est se porte beaucoup sur la rentabilité de nos exploitations. Les charges de mécanisation pèsent jusqu’à 30% sur les exploitations françaises. On est les recordman en Europe et donc aujourd’hui, pour nous, c’est important de se poser la question de la rentabilité et du coût de la mécanisation sur notre exploitation. La Cuma fait partie de ces outils qui permettent la mutualisation de matériel. Surtout qu’on va être pour la plupart du temps sur du matériel qui va pas être utilisé très fréquemment sur l’exploitation et donc il n’y a pas vraiment l’utilité de l’avoir en individuel. Et puis il y a un aspect aussi très important qui est l’aspect social. Avec l’intégration sur le territoire, le fait de pouvoir un peu sortir d’un isolement, je dirais qu’on nous impose aussi cette ruralité. C’est à dire que pour sortir de l’isolement, il y a plusieurs façons. Il y a les associations, les sports collectifs et il y a aussi la Cuma. La Cuma, c’est un espace de vie pour les agriculteurs et un endroit où ils aiment se rejoindre, se retrouver et pouvoir échanger. Mais aussi, partager des moments conviviaux. Et ça, c’est notre ADN et c’est important de le préciser.
Podcast des éleveurs On a abordé les apports que peut avoir l’adhésion à une ou plusieurs Cuma à l’échelle des éleveurs. Est-ce que vous pouvez nous rappeler le fonctionnement d’une Cuma ? Peut-être pour les 45 % d’éleveurs qui n’y sont pas adhérents.
Marine Boyer Cuma, vous l’avez dit tout à l’heure, coopérative d’utilisation de matériel agricole. Donc l’aspect coopératif induit qu’en fait, il faut verser du capital social lorsqu’on veut adhérer à la Cuma, comme on dit, et donc l’adhérent va adhérer à l’outil avec lequel il veut travailler. Ensuite, il va y avoir un coût à l’utilisation, ce qu’on appelle nous un coût de revient, qui va être calculé en fonction des adhérents et des heures d’utilisation ou bien du nombre d’hectares. Ça dépend un petit peu la mesure que l’on prend. Et ensuite, ça va être refacturé à l’ensemble des adhérents. Il faut savoir que sur le fonctionnement économique, on recherche pas à faire de profit. Donc le coût de revient va être calculé à l’utilisation même du matériel. Des fois, il y a peut-être des réserves qui peuvent être constituées pour éventuellement pallier à une réparation qui pourrait être conséquente et pour ne pas marquer d’une facturation trop importante l’année d’après. Mais sinon, les groupes essaient de rester sur des prix assez linéaires qui ne vont pas impacter l’exploitation.
Podcast des éleveurs Il y a un investissement au-delà de l’utilisation du matériel. C’est un travail collectif d’orientation, de décision, de fonctionnement.
Marine Boyer Oui, c’est un travail même de vision et de parfois même de vision stratégique, Parce que derrière c’est le collectif qui permet à l’individu de se développer sur son exploitation. En fait, l’intérêt il est toujours là et c’est pas l’inverse. Et donc oui, effectivement, il y a toujours une notion d’engagement. Engagement, donc quand on dit au moment de prendre les parts sociales, On s’engage, Mais aussi engagement humain. C’est à dire que pour le groupe, on s’engage aussi à donner de sa personne, à faire vivre la Cuma. Parce que à l’échelle locale, En fait, le but c’est quand même de faire vivre aussi la territorialité, le village, et donc ça induit l’implication de responsables.
Podcast des éleveurs Pour se rendre compte un peu de cet aspect local, est-ce que vous avez le chiffre du nombre de Cuma ? Ça représente combien d’organisations ?
Marine Boyer Alors il y a environ 10 000 Cuma en France aujourd’hui. Faut savoir que c’est quand même une activité qui s’est développée d’abord dans l’ouest de la France et plutôt sur les exploitations d’élevage, et puis ensuite qui s’est développée dans le sud-ouest, mais pareil, plutôt dans les secteurs d’élevage. On va dire que c’est pas trop une activité qui est présente en Grand Est, mais ça se développe vraiment. Les territoires de base, c’est l’Ouest, Sud-ouest et donc c’est là qu’on va avoir une concentration plus importante. Néanmoins, il y a une répartition géographique assez uniforme sur le territoire.
Podcast des éleveurs Donc, on a abordé pas mal d’avantages à adhérer. Quels sont les freins qui font que tout le monde n’adhère pas, par exemple ?
Marine Boyer Aujourd’hui, être en Cuma, c’est aussi et surtout un état d’esprit. Être en collectif, c’est jamais évident. C’est comme une équipe de foot, C’est comme une association. En fait, dès lors qu’on réfléchit des choses en collectif, Il peut y avoir des accrochages en Cuma. Elles surviennent souvent au moment de l’organisation des chantiers. Voilà, un adhérent peut se retrouver lésé de ne pas pouvoir utiliser le matériel à sa guise. Et c’est là que l’état d’esprit rentre en jeu, parce que soit on accepte un peu cet enjeu-là de partage et donc de contraintes liées au partage avec une organisation qui parfois peut être limitante sur l’utilisation d’un matériel. Matériel et on va de l’avant et on pallie à cette frustration-là. Soit c’est vrai que ça peut engendrer des conflits sur certains aspects. La facturation aussi reste un enjeu.
Podcast des éleveurs Le coût à l’échelle de l’entreprise ?
Marine Boyer Tout à fait. La baisse du nombre d’agriculteurs fait aussi diminuer les groupes et donc les coûts de revient d’un matériel peuvent être un peu plus importants. Néanmoins, la mutualisation est toujours plus avantageuse.
Podcast des éleveurs Vous avez abordé l’innovation qui est permise par le matériel qui est proposé dans les Cuma. Est-ce que vous pouvez me donner un exemple de machine ou de pratiques innovantes que vous avez développées sur votre exploitation grâce à la Cuma ?
Marine Boyer Déjà le matériel le plus partagé en Cuma mais qui finalement est un matériel aussi innovant mais plus traditionnel, c’est l’épandeur à fumier et les outils d’épandage en général. Après, à titre personnel, sur mon exploitation, on va être sur du matériel bois énergie avec un combiné de bois qui nous permet de passer d’un tronc à des petites bûches en un temps extrêmement record. Et puis dernièrement, On est sur le développement d’un nouveau service tracteur de pente avec des enjeux d’entretenir des parcelles qui sont souvent inaccessibles. D’un côté plus général, ce qu’on observe, c’est que 34% des Cuma ont une activité de désherbage mécanique ou alternatif et que, en règle générale, les groupes poussent à tendre vers l’agroécologie. Il y a une baisse de l’utilisation des pesticides dès lors qu’un agriculteur utilise la Cuma. Parce qu’en fait, il va se diriger vers des pratiques plus agroécologiques que s’il avait été tout seul.
Podcast des éleveurs On arrive à la fin de cet épisode et traditionnellement, on demande aux invités du podcast en français de tout nous donner une recommandation. Ça peut être un film, une rencontre ou un livre pour aider nos auditeurs à mieux comprendre le sujet qu’on a abordé ensemble. Alors, Marine Boyer, quelle est votre recommandation ?
Marine Boyer Alors, ma recommandation, ça part aussi d’un fait cette année, les Cuma fêtent leurs quatre-vingts ans. Et donc aujourd’hui, si j’avais une recommandation, c’est un livre qui retrace cette histoire. C’est vraiment un livre composé de témoignages qui vont permettre de mettre en lumière ce qui s’est passé du départ des Cuma à aujourd’hui et leur intérêt dans la société. Ce livre, c’est Mécanique de la solidarité agricole ou le récit méconnu des Cuma. Il est écrit par Lucie Suchet et Sophie Orivel qui sont 2 collaboratrices de la FNCuma. Vous retrouverez parmi les témoignages Christiane Lambert et aussi José Bové. C’est un vaste panel, c’est une prouesse et c’est à la fois l’image des Cuma, c’est-à-dire un réseau a-syndical, apolitique et qui réunit tout le monde vers un intérêt commun.
Podcast des éleveurs On prend note. Et pour la dernière question de cet épisode, je vais vous mettre au défi, comme tout le monde, de me résumer en une minute chrono notre échange. Donc, Marine Boyer, peut-on être éleveur éleveuse sans adhérer à une Cuma ?
Marine Boyer Alors, on peut être éleveuse et éleveur sans adhérer à une Cuma. Néanmoins, la mutualisation de matériel agricole aujourd’hui est un enjeu pour nous tous. Pour favoriser l’installation des nouveaux agriculteurs, puisqu’on va être sur des économies, voilà des coûts qui vont être réduits. On va être sur l’intégration aussi à un territoire et ça reste primordial sur des profils de nouveaux agriculteurs qui vont venir sur le territoire et qui ne sont pas peut-être reconnus. Donc là, c’est intéressant pour eux. Et puis aujourd’hui, parce que sur la mécanisation en France, il y a un vrai sujet. On a besoin d’entendre qu’il faut revoir peut-être un peu les notions de fiscalité et puis d’aide à l’investissement matériel en collectif parce qu’aujourd’hui, il faut pouvoir aller vers cette mutualisation de la Machine France et ça reste notre message le plus important.
Podcast des éleveurs Bravo ! Il vous reste même une seconde. Merci beaucoup d’avoir été avec nous pour cet épisode.
Marine Boyer Marine Boyer, merci beaucoup et merci à vous de l’avoir écouté.
À propos de Le Podcast des éleveurs
Bienvenue sur le Podcast des éleveurs, la chaîne officielle du Comptoir des éleveurs*.
Notre mission ? Vous proposer une nouvelle approche de l’actualité du monde agricole pour parler innovation, nouvelles tendances, bien-être animal, et dépoussiérer ensemble les clichés sur nos métiers.
*Le Comptoir des éleveurs est une plateforme médiatique et communautaire conçue par le Sommet de l’élevage.
La saison 3 du podcast Échos de Ferme qui vient de sortir a pour thème "Agricultrices & engagées". Le premier épisode de cette saison est consacrée à Marine Boyer, Présidente de la FNCuma, pour son parcours et son engagement comme présidente.
Elle a troqué l’open space toulousain pour la bastide aveyronnaise. Dans ce nouvel épisode de Finta le podcast, Marine Boyer, éleveuse de vaches limousines nous raconte comment l’engagement local, la solidarité et la coopération agricole l’ont menée de son exploitation familiale à un poste national…
Publié le 06 novembre 2025
National
Gérer le consentement aux cookies
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel
Toujours activé
Le stockage ou l’accès technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’utilisateur.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques.Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire pour créer des profils d’utilisateurs afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.