Méthanisation : nos CUMA ont osé le faire !

  • Biogaz - Méthanisation

Publié le

La méthanisation agricole est une activité importante pour notre fédération des CUMA, en effet 5 de nos CUMA sont étroitement liées avec une unité de méthanisation et d’autres sont en cours de réflexion.

La méthanisation au sein d’un territoire peut répondre à plusieurs problématiques :

Valorisation des ressources locales, pérennisation des exploitants agricoles, réduction des émissions de Co2. Le montage de projet a besoin cependant d’une réflexion approfondie, plusieurs difficultés techniques sont rencontrées par les groupes avant démarrage et après la réalisation du projet.

La méthanisation et pourquoi faire ?

Cette question évidente mais est pourtant essentielle avant de se lancer dans un tel projet. Des questions sont à se poser : Qu’elle est mon objectif sur mon exploitation, qu’apportera le projet de l’unité de méthanisation à mon entreprise ? Avant de penser à une éventuelle rentabilité, les porteurs de projets doivent prendre en compte la complexité et de la richesse de la méthanisation. Pour cela, il faut avant tout, définir ses besoins sur son exploitation, comprendre les possibilités techniques de la méthanisation (cogénération, injection dans le réseau de gaz …).


Comme le rappelle les différents groupes méthanisation que nous avons dans le réseau des CUMA 640. Il faut une adéquation entre les besoins de l’exploitation agricole (main d’œuvre, gestion des effluents, mises aux normes …) et l’unité de méthanisation, afin qu’elle soit bien dimensionnée.

Adapter l’installation aux besoins de son exploitation

Une unité de méthanisation doit avoir une utilité pour chacune des exploitations adhérentes. Apporter un revenu complémentaire aux agriculteurs, moyen vertueux de produire des énergies renouvelables, délégation complète de l’épandage des effluents, transmission de l’exploitation …


Différentes questions doivent être posées avant la réalisation du projet telles que le foncier qui doit être à 200 mètres minimum d’habitations environnantes, les fonds propres nécessaires pour chaque exploitation agricole, des réflexions sur l’évolution de l’assolement de chaque agriculteur, la gestion de l’épandage, évolution du site, le réseaux d’acteur potentiels pour un complément de matière, mais aussi les besoins énergétiques sur le territoire et le réseau de distribution existant.


Ces étapes peuvent prendre entre 2 ans et 10 ans de travail selon le degré de complexité. Le temps est nécessaire pour l’appropriation de chaque étape. Définir ses besoins et les besoins de chacun permettra une meilleure efficience de l’unité de méthanisation.


Il peut arriver que certains groupes qui se lancent dans un projet de méthanisation n’arrivent pas à constituer leurs financements bancaires. Certains porteurs de projet n’apportent pas suffisamment d’explications sur la taille, les risques liés à l’évolution du métier d’agriculteur suite à ce projet, le mode d’exploitation ….


Il peut également s’avérer important que les différents porteurs de projet se forment sur le pilotage d’unité avant la réalisation du projet. Cela permettra une meilleure technicité, de meilleurs choix pour le process. Mais également rassurera les riverains du projet comme l’ont fait de nombreux porteurs de projets dans le département des Pyrénées-Atlantiques (MethaJoos, Asson Bio Energie …).

Chaque projet de méthanisation est unique : il n’y a pas de projet générique

Le principal facteur qui induit directement sur le projet de méthanisation est la quantité de matière organique que l’unité va traiter. Mais également la typologie des produits, le tonnage (quantité par jour et sa régularité). Mais surtout son origine (le porteur de projet maitrise l’apport ou pas ?). Cela va déterminer la technique et également le type d’ICPE nécessaire.


Pour réussir un projet de méthanisation, ce dernier doit être implanté et associé à une valorisation de l’énergie produite et régulière toute l’année. C’est une difficulté importante : trouver une débouchée de chaleur pour de la cogénération ou bien un réseau de gaz permettant de supporter la production de l’unité de méthanisation. La logistique ne doit pas être mise de côté lors de la réflexion autour d’un projet. Il ne faudrait pas excéder dans l’idéal 10 kilomètres entre le site de méthanisation et chacune des exploitations apporteuses de matières notamment pour les effluents d’élevage.


En 2021, le groupe de la CUMA de Asson Bio Energie a travaillé avec GrDF autour de l’extension d’un réseau de gaz afin que le groupe puisse explorer la piste de l’injection directe dans le réseau. Cela a permis une meilleure structuration des réseaux d’énergie…

Bien s’entourer et communiquer

Même pour un projet individuel, il est très important de ne pas s’isoler et de parler de son projet. Des rencontres avec les agriculteurs voisins, les élus, les collectivités, des entreprises du territoire afin de rassurer l’ensemble des professionnels du territoire.
Un accompagnement dès le départ et pendant son projet est très important (Bureau d’études, Maitrise d’œuvre voire assistance à maitrise d’œuvre, ADEME, gestionnaires de réseau, Fédération des CUMA, Chambre d’agriculture …). Ces partenaires vont assister les porteurs de projets et donner leurs points de vue pendant toute la chronologie du projet.

Il est important de trouver un enjeu territorial pour chaque projet de méthanisation : environnemental, économique, social, gestion globale des effluents, valorisation énergétique … De plus, anticiper les controverses permettra de préparer et identifier les arguments pour défendre le projet.


La communication ne peut être intégralement déléguer à un prestataire. Il est souhaitable que les porteurs de projets et les partenaires locaux en fassent la majeure partie pour une meilleure acceptabilité.


La méthanisation, encore méconnue par le grand public et est très souvent soumis à des préjugés injustifiés. Les conséquences sont catastrophiques car il y a le risque perpétuel de mauvaise acceptation par les riverains. Pour cela, il peut être intéressant d’intégrer des riverains à des visites de sites comme l’a fait la CUMA de Josbaig lors de la réalisation de leur projet. Il est également important que chacune des unités de méthanisation présente sur le territoire soit irréprochable afin de ne pas affecter toute une filière.


Certains projets méthanisation sont aujourd’hui à l’arrêt à cause d’un manque de communication ce qui a provoqué un blocage auprès des riverains du projet.

Sécuriser sa production et rassurer

Le nombre d’heures de fonctionnement annuel sur une année est un facteur très important sur la production du biogaz et sur la rentabilité de l’unité. Afin d’assurer cela, le process doit être sécurisé (de l’apport de matière à la production d’énergie).


Une analyse poussée doit être entreprise autour des équipements d’une unité de méthanisation (pompes, trémie d’incorporation, vis …). Mais aussi pour l’entretien (prévoir un stock de pièces sur place) voir même contractualiser l’entretien avec un prestataire. Cela permettra d’optimiser le nombre d’heures de fonctionnement. Les retours d’expériences sont très importants dans cette étape là. Pour cela, il est important que tout porteurs de projets de méthanisation aillent faire des visites sur différents sites. Afin de déceler les points faibles et forts de chaque installation, mais également se faire un réseau d’agriculteur méthaniseur.

Financement et rentabilité

Quelle que soit le projet, la phase de recherche de financement est délicate. Les financeurs sont très attentifs à la partie technique, la partie humaine (organisationnel, entente entre associés…). Il est important de définir les missions que chacun des associés et de prévoir les formations adéquates pour chacun afin que l’équipe se projette et soit soudé. Pour la
négociation bancaire, il peut être également judicieux de se faire aider. Une solidité des exploitations agricoles adhérents est également souhaitable afin de pouvoir avancer les frais avant installation : ICPE, étude de faisabilité …).


Les résultats financiers d’une unité de méthanisation seront directement corrélés à la valorisation énergétique. Mais aussi à des investissements raisonnés d’où l’importance de l’étape de réflexion. Le retour sur investissement peut dans certaines conditions être de 7 ans. Le TRB (temps de retour brut) est le rapport entre l’investissement et l’excédent brut d’exploitation.