Leçons du plan de relance : les Cuma, un vrai levier d’efficacité pour les politiques agricoles

  • Aides aux investissements
  • Subventions - Aides

Publié le

Dans un contexte de tension budgétaire accrue, de multiplication d’appels à projets pour financer du matériel ces dernières années, et alors que s’élabore une nouvelle politique agricole commune, la question de l’efficacité des soutiens publics agricoles est centrale.

Démo desherbage mécanique a Chamboeuf

Comment maximiser l’impact des aides, notamment les aides aux investissements, tout en maîtrisant la dépense ? L’évaluation du Plan de relance conduite par FranceAgriMer apporte aujourd’hui des éléments de réponse clairs : les investissements portés par les Cuma apparaissent comme un levier particulièrement performant.

Un objectif atteint à 150 % rien que par les Cuma 

Le Plan de relance agricole visait initialement à accompagner 25 000 exploitations dans leurs investissements. Cet objectif a été largement dépassé, en grande partie grâce à l’effet des investissements collectifs portés par les Cuma. Les travaux menés conjointement entre la FNCuma et la cellule d’évaluation de FranceAgriMer, fondés sur un croisement inédit de données, montrent que près de 37 000 exploitations agricoles ont bénéficié de matériels acquis par les Cuma.

À elles seules, les Cuma contribuent ainsi à 150 % de l’objectif initialement fixé par les pouvoirs publics dans le dispositif, démontrant leur rôle structurant dans la diffusion des investissements.

Des investissements en Cuma plus structurants

Les Cuma se distinguent par leur capacité à porter des investissements d’envergure. Elles représentent une part limitée des dossiers déposés, mais concentrent une part significative des montants engagés : par exemple 10% des dossiers pour la réduction des intrants, mais 25 % des montants, ou encore 6% des dossiers pour 21% des montants sur les protéines végétales .

Loin de traduire une concentration inefficiente, ces chiffres reflètent la capacité des Cuma à investir dans des équipements plus performants et structurants.

Un effet levier massif au service du plus grand nombre

L’un des apports majeurs des Cuma réside dans leur effet multiplicateur. Un matériel acquis collectivement bénéficie en moyenne à 9,3 exploitations agricoles . Ce mécanisme change profondément l’impact réel des aides.

Ainsi, 1 700 Cuma bénéficiaires et 4 000 matériels financés ont permis de toucher près de 37 000 exploitations agricoles. Les exemples sectoriels illustrent cette capacité de diffusion :

Ces résultats montrent qu’un investissement ciblé peut, via la mutualisation, produire un impact à grande échelle auprès des agriculteurs.

Une efficience économique triplée et objectivée

Au-delà de l’effet levier, les Cuma démontrent une efficience économique particulièrement élevée. Si les montants d’aide par dossier sont plus importants, ils doivent être rapportés au nombre d’utilisateurs.

Ainsi, le coût public moyen par exploitation s’établit selon les dispositifs entre 3 000 et 5 800 € via les Cuma, contre 10 000 à plus de 15 000 € en individuel. Autrement dit, à budget équivalent et en adaptant les taux et plafonds, les Cuma permettent de soutenir en moyenne trois fois plus d’exploitations. Ce qui justifie aussi la définition de taux et de plafonds spécifiques adoptés dans les différents dispositifs.

Cette performance repose sur deux facteurs clés : la mutualisation des équipements et leur taux d’utilisation élevé. 

Des impacts élargis au-delà de l’économique

Les bénéfices des Cuma ne se limitent pas à l’efficience économique. Le modèle collectif génère également des externalités positives importantes.

En limitant la multiplication des achats individuels, il contribue à réduire l’empreinte carbone liée à la fabrication des matériels. L’usage partagé d’équipements innovants favorise par ailleurs la diffusion rapide de nouvelles pratiques agricoles et l’apprentissage collectif entre exploitants.

Démontrée par une étude récente réalisée par des chercheurs de l’Université de Rennes et de l’Institut Agro Rennes-Angers, l’affirmation “plus de Cuma, moins de phyto” prend toute sa cohérence en renforçant l’impact environnemental et technique des aides publiques, en cohérence avec les objectifs de transition agricole.

Des enseignements pour les politiques publiques 

Les résultats de cette évaluation apportent des éléments solides pour orienter les politiques publiques. Ils justifient pleinement les dispositifs spécifiques en faveur des Cuma, notamment les majorations de taux ou les plafonds adaptés, qui permettent de tenir compte de leur capacité à diffuser largement les investissements.

Ils invitent également à repenser certains mécanismes d’attribution des aides, comme la logique du « premier arrivé, premier servi », afin de mieux cibler et prioriser les projets collectif à fort effet levier.

Dans le contexte des discussions sur les orientations futures de la PAC, ces enseignements plaident pour une meilleure intégration de la dimension collective dans les dispositifs de soutien.

En conclusion : faire plus et mieux avec les Cuma

L’évaluation du Plan de relance met en évidence une réalité claire : les Cuma permettent de concilier efficacité économique, impact environnemental et diffusion à grande échelle des innovations.

En combinant effet levier, efficience budgétaire et externalités positives, elles apparaissent comme un outil stratégique pour maximiser l’impact des politiques publiques agricoles.

À l’heure où chaque euro investi doit produire davantage d’effets, le modèle Cuma est une réponse opérationnelle et éprouvée.