Il faut résoudre cette tendance au désengagement
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Yvonnick GUEHENNEC est administrateur de la fédération des Cuma Bretagne. Il propose quelques idées pour sécuriser l’avenir des groupes de proximité et bien vivre la Cuma.
On observe une tendance à la hausse des tarifs des Cuma, comment l’expliquez-vous ?
La Cuma doit rendre service à ses adhérents. Cela ne signifie pas qu’elle peut se permettre de perdre de l’argent. Sa grille tarifaire doit donc être satisfaisante pour l’adhérent, tout en permettant son bon fonctionnement. Dans ce calcul, des objectifs de capitalisation ou de bénéfice n’ont pas leur place. En revanche, il faut y intégrer une notion de marge de sécurité.
Actuellement, la situation économique se tend. C’est vrai pour les Cuma comme pour tous les acteurs qui ont besoin de matériels. Pour l’illustrer simplement, voyez ce tracteur au fond de ma cour : voilà cinq ans que je l’ai acheté. Aujourd’hui, le même modèle me coûterait 36 % plus cher. Ensuite, le GNR nous met particulièrement en difficulté cette année. Pour prendre un nouvel exemple, dans ma Cuma, nous avons fait le calcul. L’impact du prix 2026 du carburant, ce sont 30 000 € de charges en plus, sur un chiffre d’affaires qui s’élève à 500 000 €. Globalement, nous avons déjà augmenté de 5 € les tarifs de nos trois tracteurs.

Cet équilibre économique contrariant, c’est la principale menace ?
Non. Je trouve que le manque de responsables est le constat le plus inquiétant pour notre modèle. Quel que soit le type de Cuma, personne ne se bouscule pour s’impliquer. C’est vraiment regrettable, parce que les Cuma sont l’avenir. Les responsables que je vois aujourd’hui sont des gens qui sont nés sur leur ferme. Or, beaucoup d’installations se font aujourd’hui hors cadre familial, dans des systèmes plus ou moins alternatifs. C’est un public qui ne se sent pas autant concerné par la Cuma, alors qu’ils la font intervenir sur leur exploitation. Il faut résoudre cette tendance au désengagement, que nous réussissions à mobiliser les jeunes et les adhérents pour qu’ils s’investissent.
N’est-ce pas parce que la tâche est complexe qu’elle fait peur ?
Ce n’est pas simple d’être responsable, c’est vrai. La Cuma est une coopérative de paysans, pour les paysans. C’est nous qui y décidons de ce que nous faisons. Mais chacune a ses spécificités, chaque situation est différente. Si l’on parle du renouvellement des matériels, par exemple, il faut tenir une stratégie cohérente pour que les activités tournent et comprendre en même temps que c’est un levier potentiel de fidélisation des salariés, lorsqu’il y en a. Le dirigeant de Cuma doit être attentif à tous les signaux qui surviennent dans la Cuma et dans son environnement, sur le plan économique comme sur celui du relationnel. Il doit savoir tout faire. Mais la bonne nouvelle, c’est que cela peut se faire à plusieurs.
L’autre bonne nouvelle, c’est que les responsables bénéficient d’un réseau. La fédération et l’AGC sont de vrais soutiens. Sans même parler des services d’aide sur des tâches opérationnelles du quotidien, quel que soit le sujet, on trouve toujours quelqu’un qui a des réponses à nos questions et qui a la compétence pour nous accompagner et nous éclairer.
Un dernier conseil pour aider les groupes à rester en bonne santé ?
Le conseil aux responsables c’est d’être rigoureux. Quand la Cuma va tout va, donc l’essentiel c’est d’éviter qu’elle rencontre des soucis de trésorerie. C’est le genre de sujets qui peut facilement dégrader tout le reste. Le meilleur moyen de s’en prémunir c’est d’avoir une facturation régulière. Personne n’aime aller réclamer le paiement auprès des voisins. Le groupe doit éviter à son responsable de passer du temps sur ce genre de tâches pénibles.
Propos recueillis par Ronan Lombard, journaliste Entraid Médias