Diversifier les cultures, c’est aussi repenser les agroéquipements

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Couverts végétaux, cultures associées, réduction des herbicides… Derrière les changements de pratiques agronomiques, une question se pose toujours : avec quels équipements les mettre en œuvre ?

Introduire de nouvelles espèces, cultiver des mélanges ou implanter des couverts ne consiste pas seulement à repenser une rotation ou un itinéraire technique. Il faut semer, maîtriser la végétation, récolter, parfois séparer les espèces… et donc disposer d’équipements adaptés à chacune de ces opérations.

Pour comprendre comment les pratiques agricoles se transforment, il faut aussi regarder les machines, leur disponibilité et surtout la manière dont les agriculteurs et agricultrices se les approprient.

Un article paru en juin 2026 dans le numéro 16-1 de la revue Agronomie, Environnement & Sociétés, consacré à la diversification et aux défis qu’elle pose pour l’agronomie, propose de rapprocher deux univers encore trop souvent traités séparément : l’agronomie et l’ingénierie des agroéquipements. Ces travaux ont été conduits en collaboration entre la FNCuma et des équipes de recherche d’INRAE, AgroParisTech et de l’ENSFEA, en s’appuyant sur plusieurs travaux de recherche menés avec des agriculteurs et agricultrices, notamment en grandes cultures, viticulture et maraîchage. 

Il n’existe pas une combinaison « pratique-matériel » valable partout. Pour réaliser une même opération agronomique, les enquêtes révèlent au contraire une grande diversité d’équipements et d’usages.

Pour semer deux espèces sur le même rang et à la même profondeur, certains agriculteurs mélangent leurs graines dans une bétonnière avant d’utiliser leur semoir à céréales habituel ; d’autres disposent d’un malaxeur directement dans la trémie. Pour associer semis en rang et semis à la volée, d’autres configurations apparaissent encore : vibroculteur équipé de deux sorties, combinaison d’un épandeur à engrais et d’un semoir monograine, semoirs à plusieurs trémies…

Ces choix ne dépendent pas uniquement de la performance technique de la machine. Ils sont liés aux objectifs des agriculteurs et agricultrices, à leurs compétences et savoir-faire, à leurs capacités d’investissement, aux caractéristiques des sols et du parcellaire ou encore à leur inscription dans des réseaux de partage de matériel.

Evoluer vers de nouvelles pratiques ne signifie pas nécessairement acheter une nouvelle machine.

L’article décrit quatre grandes stratégies observées sur le terrain :

Les exemples donnent une place importante à l’expérimentation. Des viticulteurs auto-construisent ainsi un équipement pour semer des engrais verts multi-espèces dans des vignes en terrasse. Des maraîchers développent collectivement un rouleau adapté aux planches permanentes. Des producteurs modifient leurs trémies ou leurs socs pour tester les cultures associées.

Dans d’autres situations, la réponse passe directement par le collectif. L’article rapporte notamment l’acquisition collective d’un trieur optique ayant permis à un agriculteur d’expérimenter davantage d’associations d’espèces, ainsi que plusieurs investissements en Cuma dans du matériel destiné au semis des couverts.

Ces résultats donnent à voir une fonction du collectif qui dépasse le seul partage du coût d’une machine. Mettre du matériel en commun peut contribuer à répartir le risque lié à l’investissement, mais aussi rendre possibles des essais et des ajustements lorsque les pratiques sont encore en construction.

Dans l’un des exemples viticoles détaillés dans l’article, le partage de certains équipements en Cuma est ainsi décrit par l’agriculteur comme un moyen de disposer de davantage de souplesse pour ajuster ses interventions.

Plus largement, les auteurs soulignent le rôle que jouent déjà les réseaux Cuma dans ces transformations : accompagnement des collectifs, partage de connaissances et d’expériences, organisation de l’acquisition collective, renforcement du pouvoir de négociation ou encore défense des intérêts des agriculteurs engagés dans ces changements.

Accompagner une transition peut aussi consister à aider un groupe à explorer plusieurs manières de s’équiper, à organiser des essais, à capitaliser les retours d’expérience et à faire circuler les solutions inventées localement.

L’article insiste sur l’intérêt de mieux documenter ce que les agriculteurs et agricultrices font réellement avec leurs équipements.

Les catalogues constructeurs permettent de connaître les caractéristiques d’une machine. Ils renseignent beaucoup moins sur les façons dont celle-ci est appropriée, réglée, combinée avec d’autres équipements, adaptée ou parfois détournée de sa fonction initiale dans une exploitation donnée. Or c’est précisément cette connaissance des usages en situation qui peut aider à comprendre les conditions dans lesquelles une solution fonctionne, ou pas.

L’article propose de développer une véritable « agronomie des agroéquipements » : une manière d’étudier ensemble les choix agronomiques, les caractéristiques des machines, leurs usages et les situations de travail.

Regarder les cultures associées à travers le matériel fait par exemple apparaître l’importance de paramètres tels que la profondeur et le motif de semis ou encore la taille des graines, qui doivent être pensés en cohérence avec les équipements de semis, de récolte et de tri.

À l’échelle d’une ferme ou d’un territoire, cette approche conduit également à regarder les concessionnaires disponibles localement, les dispositifs d’aide à l’investissement, les réseaux de réparation ou encore les possibilités de conseil. Autrement dit, une pratique agronomiquement pertinente ne devient réellement accessible que si les conditions matérielles et collectives permettent de la mettre en œuvre.

 Retrouvez l’article « Agroéquipements et diversification : enseignements d’expériences de terrain pour l’agronomie »,

de Chloé Salembier, Laurent Bedoussac, Esther Fouillet, Nassim Hamiti, Priscila Malanski, Hadrien Pham et Annabelle Revel, 

dans la revue Agronomie, Environnement & Sociétés, consacré à la diversification et aux défis qu’elle pose pour l’agronomie.