Désherbage mécanique : bien plus qu’un changement d’outil, une transformation du travail agricole

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Le désherbage mécanique est souvent présenté comme une alternative évidente aux herbicides dans un contexte de réduction des produits phytosanitaires. Pourtant, son déploiement reste inégal sur le terrain. Un article récemment publié dans la revue Agriculture, Environnement & Société, issu des travaux du projet OPTIMATAE, apporte un éclairage précieux sur ce décalage, en s’appuyant sur l’expérience concrète d’agriculteurs engagés en Cuma.

La mise en œuvre du désherbage mécanique ne se limite pas à un simple remplacement technique : elle implique une reconfiguration des itinéraires culturaux, une gestion accrue du temps et des coordinations collectives de travail.

Les 22 agriculteurs interrogés décrivent des changements profonds dans leurs pratiques. Le désherbage mécanique conduit à revoir les rotations, à mobiliser davantage certaines cultures « nettoyantes », à adapter le travail du sol et, très souvent, à repenser les modalités de semis. 

L’un des résultats majeurs de l’enquête concerne l’impact du désherbage mécanique sur le travail. Les agriculteurs évoquent des passages plus nombreux, des vitesses réduites, des réglages longs et des fenêtres d’intervention souvent courtes. 

De plus, l’efficacité du désherbage mécanique ne se juge pas immédiatement. Le « bon boulot » se constate plusieurs jours après le passage, ce qui oblige à accepter une part d’incertitude et à changer ses critères d’évaluation. Cette dimension contribue aux hésitations, notamment chez les agriculteurs conventionnels ou ceux disposant de peu de marge de manœuvre en main-d’œuvre.

Les Cuma apparaissent comme des leviers essentiels pour rendre ces pratiques possibles. Le désherbage mécanique implique souvent de nouvelles formes de coordination : harmonisation des écartements, organisation collective des chantiers, choix d’un matériel compatible entre exploitations.

Ces ajustements organisationnels permettent de limiter le temps de réglage, de sécuriser les pratiques et de réduire la charge individuelle, à condition que la dynamique collective soit bien installée.

Les échanges entre agriculteurs ont un rôle central dans la construction des compétences. Les collègues déjà expérimentés constituent la première source de références, bien avant les formations formelles. Ces échanges sont indispensables car les règles d’action ne sont jamais totalement stabilisées et doivent être adaptées chaque année.

Entre faire sauter les adventices et préserver la culture, parfois tu ne vois plus la culture derrière toi. Et ça, c’est vraiment l’expérience.

Mettre en œuvre le désherbage mécanique, c’est repenser l’itinéraire agronomique, parfois le système de culture, et les formes d’organisation du travail et de coordinations professionnelles. Dans un contexte économique et politique instable, cette complexité explique pourquoi le désherbage mécanique reste une pratique exigeante et parfois fragile.

Pour les conseillers et conseillères du réseau Cuma, cet article permet de mieux comprendre les freins rencontrés par les agriculteurs, d’anticiper les besoins d’accompagnement et de rappeler que le désherbage mécanique ne se joue pas uniquement dans le choix d’un outil, mais aussi dans l’animation des collectifs et la mise en discussion des pratiques.

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 Retrouvez ci-dessous l’article complet, ainsi que le sommaire de la revue.

 L’Association Française d’Agronomie propose un espace d’échanges et de débats autour des pratiques agricoles et des concepts et outils de l’agronome. Elle organise des webinaires, des débats thématiques, des ateliers sur le terrain et capitalise régulièrement les réflexions dans la revue « Agronomie, Environnement et Société » (A,E&S).

 Retrouvez ici le sommaire du n° 15-2 de la revue A,E&S : Circulation des savoirs et décisions des agriculteurs : quelles évolutions face à la diversité des systèmes agricole et agri-alimentaires