Colloque sur dix ans de recherche confirment l’impact des Cuma sur l’agriculture française
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La Fédération nationale des Cuma a organisé, le 11 février 2026, un colloque au Palais Bourbon consacré à la restitution de dix années de travaux de recherche sur les Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole (Cuma).
L’événement, co-organisé avec les députés Dominique Potier, Pascal Lecamp et Julien Dive, a réuni près de 230 participants, parmi lesquels des parlementaires, des chercheurs, des représentants des pouvoirs publics et des acteurs du monde agricole.

Pourquoi ce colloque
Créées en 1945 à l’initiative du Ministre et Résistant François Tanguy Prigent, les Cuma constituent aujourd’hui le plus grand réseau de collectifs agricoles en France, avec plus de 9 000 Cuma et près d’un agriculteur sur deux adhérent. Longtemps peu visibles dans le débat public, elles font depuis une dizaine d’années l’objet de travaux scientifiques approfondis, permettant d’en documenter les effets et les contributions. Ces travaux permettent de mieux qualifier le rôle des Cuma comme une infrastructure collective durable, ayant accompagné les transformations de l’agriculture française depuis plusieurs décennies.
Des effets mesurables sur le changement de pratiques agricoles
Les études présentées lors du colloque, publiées notamment dans la revue RECMA, mettent en évidence plusieurs enseignements convergents.

Elles montrent tout d’abord que la présence des Cuma sur un territoire est associée à une réduction mesurable de l’usage des produits phytosanitaires. Les analyses indiquent qu’un adhérent supplémentaire à une Cuma correspond à une baisse de l’usage des substances actives par hectare.
Ces effets ne concernent pas uniquement les agriculteurs adhérents. Les échanges entre pairs et la diffusion des pratiques au sein des territoires contribuent à faire évoluer les pratiques agricoles au-delà des Cuma elles-mêmes.
Les travaux confirment également l’ampleur des investissements déjà réalisés par les Cuma en faveur de la transition agroécologique : 40 % du parc matériel est aujourd’hui composé d’équipements favorables à ces pratiques – c’était 10 % en 2016 -, pour un investissement moyen d’environ 90 000 euros par coopérative.

Innovations et transitions favorisées par le cadre collectif des Cuma
Les recherches montrent que l’innovation en Cuma se construit à partir d’expérimentations menées par des agricultrices et agriculteurs, puis discutées, ajustées et diffusées au sein des Cuma.
Le cadre collectif permet aux agricultrices et agriculteurs de tester de nouvelles pratiques ou de nouveaux matériels, d’en partager les résultats et d’en ajuster l’usage avant de les déployer plus largement. Ce fonctionnement réduit les risques liés à l’innovation et rend possible des transitions difficiles à assumer individuellement.

Une coopération de proximité efficace qui permet de dépasser les clivages agricoles
Les travaux mettent également en évidence l’existence d’une taille optimale des collectifs, l’investissement agroécologique progressant jusqu’à environ 100 adhérents par Cuma, avant de se stabiliser. Ce résultat confirme l’intérêt de formes d’organisation fondées sur la coopération de proximité.
Par la manière dont elles fonctionnent et s’animent, les Cuma permettent la coexistence d’exploitations et de modèles agricoles différents. Cette coexistence repose sur des modes de coordination concrets, souvent informels, qui privilégient les échanges techniques et l’action collective, sans polarisation des débats.

Un rôle structurant pour l’organisation du travail en agriculture
Les recherches montrent enfin que les Cuma jouent un rôle important dans l’organisation du travail agricole. En mutualisant l’usage du matériel agricole, en partageant certaines tâches et, dans certains cas, en recourant à des salariés communs, elles contribuent à réduire la pénibilité, à sécuriser les parcours professionnels et à professionnaliser certaines fonctions techniques.
Le réseau Cuma s’appuie sur plus de 600 salariés dédiés à l’accompagnement des coopératives (dont 350 ETP consacré à l’animation des Cuma, et des salariés consacrés au conseil, à l’expertise juridique et comptable de ces collectifs), et sur environ 5 000 salariés agricoles, employés par des Cuma, participant à la structuration de l’emploi en agriculture.

Un éclairage pour l’action publique
Dans un contexte de profondes mutations économiques, sociales et environnementales de l’agriculture, ces travaux apportent des éléments objectivés pour éclairer les politiques publiques en matière d’organisation du travail, de mutualisation des moyens et de changement des pratiques agricoles.

Pour Marine Boyer, présidente de la FNCuma “ils rappellent que les Cuma et leur réseau constituent une infrastructure collective de long terme, dont les effets positifs dépassent largement le cadre de leurs seuls adhérents. A l’instar de notre tissu associatif, il y a un tissu coopératif essentiel en agriculture avec lequel les politiques publiques auraient intérêt à davantage co-construire”.