Chiffres Agreste : la mutualisation croissante des machines agricoles est un levier stratégique pour l’agriculture française
Agroéquipement
Charges de mécanisation
Mécanisation responsable
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À travers sa dernière publication Primeur (juin 2026), Agreste* dresse un état des lieux inédit de la mécanisation agricole et des pratiques de mutualisation des machines agricoles, en particulier des matériels de récolte.
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L’étude montre que la hausse continue du coût des équipements, conjuguée à l’agrandissement des exploitations, renforce le rôle des Cuma et des autres formes de partage des machines.
Retour sur les principaux enseignements.
Une agriculture profondément transformée par la mécanisation
En un demi-siècle, l’agriculture française a connu une mutation importante. Le nombre d’exploitations a été divisé par plus de quatre, passant de 1,6 million en 1970 à 349 600 en 2023, tandis que leur taille moyenne est passée de 18,8 hectares à 76 hectares. Cette concentration s’est accompagnée d’une mécanisation toujours plus importante permettant à un nombre réduit d’agriculteurs de cultiver des surfaces beaucoup plus vastes.
Cette évolution se traduit également par une forte progression de la productivité du travail :
la surface agricole exploitée par actif est passée de 14 hectares en 1970 à près de 42 hectares aujourd’hui ;
chaque exploitation possède désormais près de neuf machines agricoles en moyenne ;
plus de la moitié des exploitations disposent d’au moins dix équipements différents.
La mécanisation ne se limite plus au tracteur. Les exploitations utilisent aujourd’hui une large gamme de matériels spécialisés : semoirs, pulvérisateurs, déchaumeurs, matériels de fenaison, robots de traite ou encore automotrices de récolte.
Des tracteurs plus nombreux… mais surtout beaucoup plus puissants
Le tracteur illustre parfaitement cette transformation. Alors que le parc national diminue avec la baisse du nombre d’exploitations (894 000 tracteurs en 2023 contre 1,25 million en 1970), chaque exploitation possède davantage de tracteurs : 2,6 tracteurs en moyenne aujourd’hui contre seulement 0,2 en 1955.
La puissance des matériels a également fortement augmenté.
Les tracteurs de plus de 170 chevaux sont désormais courants dans les grandes exploitations alors qu’ils étaient quasiment inexistants il y a quelques décennies. Deux tiers des exploitations possèdent au moins deux tracteurs de puissances différentes afin d’adapter les matériels aux différents travaux :
les plus puissants pour le travail du sol, le transport ou les outils lourds ;
les plus légers pour la manutention, les traitements, la fertilisation ou les travaux quotidiens.
L’arguement avancé pour cette montée en puissance est souvent à la nécessité d’améliorer les débits de chantier pour des fenêtres d’intervention contraintes pour certains chantiers tout en limitant les coûts de main-d’œuvre.
Les automoteurs de récolte : des investissements devenus difficiles à supporter seul
Si les tracteurs sont largement répandus, certaines machines représentent un défi économique beaucoup plus important. Les machines de récolte type automoteur (moissonneuses-batteuses, ensileuses, machines à vendanger, arracheuses à betteraves ou de pommes de terre) sont parmi les équipements les plus coûteux du parc agricole. Elles présentent une caractéristique particulière : elles ne sont utilisées que quelques jours ou quelques semaines par an.
Leur amortissement devient donc difficile pour une exploitation seule. L’étude rappelle qu’en 2024 :
une ensileuse de 500 chevaux coûte en moyenne 378 000 € ;
les prix des matériels de récolte progressent de 2,3 % par an depuis vingt ans, soit davantage que l’inflation générale (1,5 % par an).
À cette hausse des prix s’ajoute l’arrivée de technologies toujours plus sophistiquées (guidage GPS, automatisation, caméras, électronique embarquée…), qui renchérissent encore le coût des équipements.
En 2023, près d’une exploitation sur deux utilisant une automotrice de récolte n’en est pas propriétaire.
Le choix dépend fortement du type de machine.
L’ensileuse : la championne de la mutualisation en Cuma
L’ensileuse constitue l’exemple le plus emblématique. Parmi les exploitations qui utilisent une ensileuse :
seulement 13 % en sont propriétaires ;
plus de la moitié (53,2 %) y accèdent via une Cuma.
Cette situation s’explique par :
son coût très élevé ;
une période d’utilisation relativement courte ;
une organisation des chantiers facilement compatible avec une utilisation collective.
La moissonneuse-batteuse : un équilibre entre propriété et mutualisation
La moissonneuse-batteuse présente une situation plus équilibrée.
Environ la moitié des exploitations qui en utilisent une en sont propriétaires tandis que l’autre moitié y accède grâce :
à la copropriété ;
aux Cuma ;
à la location ou à l’entraide.
Les grandes exploitations céréalières achètent plus facilement leur propre machine afin de conserver une totale autonomie pendant les courtes fenêtres de récolte.
Les machines à vendanger
La propriété reste majoritaire dans les grands vignobles où les surfaces permettent de rentabiliser l’investissement. À l’inverse, les petites exploitations viticoles recourent davantage à la mutualisation ou à la location.
Les Cuma renforcent leur place dans le paysage agricole
L’un des principaux enseignements de l’étude concerne la progression constante des Cuma. Entre 2013 et 2023 :
la part des utilisations d’automotrices via une Cuma est passée de 14,6 % à 20,3 % ;
le nombre d’utilisateurs est resté stable malgré la baisse du nombre d’exploitations ;
cette progression s’est principalement faite au détriment de la propriété individuelle.
L’externalisation des travaux progresse
La mutualisation ne constitue pas le seul modèle économique. De nombreuses exploitations choisissent également de déléguer leurs travaux agricoles à des entreprises spécialisées (ETA), ou d’autres prestataires. En 2023 :
68,7 % des exploitations externalisent tout ou partie de leurs travaux ;
10,5 % délèguent l’ensemble des travaux agricoles.
Cette proportion est beaucoup plus élevée dans les petites exploitations.
À l’inverse, les exploitations qui possèdent une automotrice réalisent fréquemment des travaux pour d’autres agriculteurs afin de mieux amortir leurs investissements : 13,8 % des propriétaires d’automotrices proposent ainsi des prestations à d’autres exploitations.
Un capital matériel toujours plus important
L’étude souligne enfin le poids croissant des investissements matériels dans les exploitations. En 2024 :
le matériel représente 35 % de l’ensemble des immobilisations hors foncier ;
la valeur moyenne des équipements atteint 100 360 € par exploitation ;
elle a augmenté de 92 % depuis 1990, en euros ;
le taux moyen d’endettement des exploitations atteint désormais 42,1 %.
Ces chiffres illustrent l’intensification capitalistique de l’agriculture française : produire nécessite aujourd’hui davantage d’investissements que jamais.
Ce que l’on peut retenir
L’étude d’Agreste met en évidence une évolution de fond : la mécanisation continue de progresser, mais son coût devient tel que la propriété individuelle n’est plus toujours la solution la plus pertinente. Elle est même impossible dans certaines situations
La mutualisation apparaît comme un véritable levier de compétitivité. Les Cuma, renforcent leur rôle dans les territoires en permettant aux agriculteurs d’accéder à des équipements de haute technologie tout en limitant les investissements individuels. Cette dynamique est particulièrement visible pour les matériels les plus coûteux, comme les ensileuses, dont l’utilisation collective est désormais majoritaire.
Dans un contexte marqué par l’augmentation du prix des matériels, le renouvellement rapide des technologies et la nécessité de maîtriser les charges, les différentes formes de délégation ou de partage des équipements — Cuma, ETA, copropriété, location et entraide — devraient continuer à se développer.
Le réseau Cuma porte une vision constructive et pragmatique de la trajectoire de la mécanisation agricole de la Ferme France. Par sa politique d'aides aux investissements, la Politique Agricole Commune (PAC) peut être demain vectrice d'une mécanisation plus responsable de l'agriculture française.
Les besoins de mécanisation des exploitations se diversifient et évoluent vers plus de technologie, de rapidité, de précision. Les Cuma, par le collectif, rendent possible cette mécanisation toujours plus efficiente et rentable.
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