En Normandie, les Cuma misent sur la traction partagée pour réduire les coûts et préparer l’avenir
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Les Cuma de Normandie accélèrent sur la traction partagée, la transmission des responsabilités et la gestion prévisionnelle des investissements pour aider les groupes à réduire leurs coûts et préparer l’avenir. Entretien avec Rodolphe Lormelet, Président de la fédération Cuma Normandie Ouest.
Quel est le moral dans les Cuma ?
Sans que cela soit spécifique aux Cuma, l’ambiance actuelle est plutôt morose, pour ne citer que l’actualité sanitaire ou celle en lien avec le Mercosur. La taxe carbone est un autre exemple, et s’il a beaucoup été question du prix des engrais, le marché de la machine agricole en sera aussi impacté. En Cuma, nous constatons néanmoins un thème de questionnements qui se renforce : le renouvellement des dirigeants. Beaucoup d’accompagnements stratégiques portent en effet sur ces sujets de transmission des responsabilités. C’est de plus une nécessité de travailler avec les jeunes responsables sur l’avenir de leur Cuma, le règlement intérieur, etc. Et le réseau fédératif se veut ici facilitateur. Ils s’imprègnent ainsi du fonctionnement de la Cuma, même s’ils portent des visions différentes des précédentes générations. Le sang neuf apporte de la remise en cause, et ça fait du bien au dynamisme des groupes.
À en croire le thème de votre assemblée générale du 5 février 2026, vous incitez vos adhérents et adhérentes à accélérer sur le partage de la traction, ça aussi c’est un vecteur de dynamisme ?
Tout à fait ! C’est tout d’abord une réponse aux attentes des adhérents. Ils demandent aujourd’hui plus de prestations. La lourdeur des capitaux sur les exploitations pousse aussi en ce sens de la mutualisation des matériels, dont le tracteur. Je pense que dans dix ans, quasiment toutes les Cuma auront une solution de traction. On le constate sur le terrain : après l’arrivée du tracteur, on se pose la question du chauffeur. Ce dernier améliorant l’efficience des outils. Il travaillera pendant que l’adhérent est occupé à son élevage. Puis le groupe se penche sur le projet d’un bâtiment qui deviendra un lieu de vie et de rassemblement des agriculteurs du secteur. Enfin, quand on parle d’inflation du matériel, on peut voir qu’une bonne organisation qui optimise le volume d’activité est un moyen important de réduire le coût.
Le tracteur en Cuma permet cela. D’une part c’est une garantie d’avoir l’adéquation entre la puissance disponible et le matériel attelé que la Cuma aura peut-être choisi pour maximiser le débit de chantier, et donc diluer les coûts. D’autre part, quand le bon tracteur reste attelé au bon outil toute une saison et que les demandes des adhérents s’enchaînent, tout le monde gagne du temps et le groupe peut faire plus d’unités.
Combien d’heures doit faire un tracteur en Cuma ?
Il n’y a pas un chiffre magique universel. C’est à chaque groupe de savoir où il met le curseur entre la disponibilité, la sécurité du service d’un côté et le tarif, de l’autre. Des groupes acceptent qu’un tracteur d’occasion soit présent pour une activité spécifique sur deux mois de l’année. À l’inverse, pour d’autres, que le moteur tourne au minimum 1 000 heures par an est un impératif.
Vous déployez une nouvelle offre d’accompagnement, la GPI, pouvez-vous nous en dire plus ?
La Gestion prévisionnelle des investissements (GPI) est une sorte d’audit d’un parc matériels de la Cuma. Avec un conseiller, les responsables engagent une réflexion sur les renouvellements de matériels à venir. L’idée est de programmer ces investissements sur les cinq à sept prochaines années. Cela fournit des éléments pour présenter ses dossiers aux banques, décider des sollicitations que l’on adresse aux concessionnaires. Et pour l’adhérent qui voit qu’il y a une réflexion sur l’utilisation du matériel et la cohérence des futurs achats, c’est plutôt rassurant.
Propos recueillis par Ronan Lombard pour le supplément Entraid Magazine Normandie de février 2026